Marthe vient de parler de la résurrection comme d'un événement, futur : Jésus oppose à cet événement sa personne (ἐγώ, moi : εἰμί, je suis), comme étant en réalité la résurrection. La victoire sur la mort n'est pas un fait physique : c'est une œuvre morale, un acte personnel ; c'est le faire de Jésus lui-même (5.28-29 : 6.39,40,44) ; et par conséquent il peut l'accomplir quand il lui plaît, aujourd'hui même, s'il le veut, aussi bien que dans quelques siècles Jésus ramène ainsi sur lui la pensée de Marthe et donne à sa foi son véritable objet. Il remplace l'adhésion à une vérité dogmatique par la confiance en sa personne. C'est aussi ce qu'il avait fait dans les ch. 4 et 6, où, après quelques instants d'entretien, il s'était substitué lui-même aux notions abstraites d'eau vive et de pain du ciel. - Après s'être déclaré la résurrection, Jésus se proclame la vie. On pourrait penser qu'il veut parler de la vie glorieuse et parfaite qui suit la résurrection. Mais d'après l'explication qui suit (v. 25 et 26). il vaut mieux admettre avec Luthardt que de la résurrection extérieure Jésus passe au fait plus profond qui en est la condition spirituelle. S'il est le principe de la résurrection physique, c'est qu'il est celui de la vie, dans le sens le plus élevé de ce mot (5.26 ; 6.51). La vie spirituelle qu'il communique aux siens est pour eux, s'ils sont morts, le gage d'un retour à la vie corporelle ; et, d'autre part, encore vivants, ils sont élevés par elle au-dessus de l'accident passager de la mort physique. La première déclaration s'applique à Lazare et aux autres croyants déjà morts ; en vertu de la nouvelle vie qu'ils ont reçue par la foi, ils demeurent vivants et peuvent par conséquent, au moment où Jésus le veut, être rappelés à l'existence corporelle. La seconde déclaration (v. 26) s'applique aux deux sœurs et à tous les croyants encore vivants ; ils demeurent à l'abri de la mort ; car mourir en pleine lumière, dans la sereine clarté de la vie qui est en Jésus, et pour continuer à vivre en lui (v. 25), ce n'est plus le fait que la langue humaine a désigné du nom de mort (voir à 6.50 ; 8.51). Jésus veut donc dire : En moi, le mort vit, et le vivant ne meurt pas. Le terme de mourir, dans la première proposition, et celui de vivre, dans la seconde, doivent être pris au sens propre.
Cette parole, en faisant remonter la pensée de Marthe du fait momentané et corporel de la résurrection à son principe spirituel et permanent, donne à la personne de Christ sa vraie place dans le miracle, et au miracle sa vraie signification religieuse. La résurrection de son frère devient pour elle comme une émanation de la vie de Jésus lui-même, un rayon de sa gloire, et ainsi le moyen d'unir l'âme de Marthe à lui, la source de la vie. Reuss voit dans cette réponse de Jésus un moyen d'écarter l'idée populaire de la résurrection corporelle, ou du moins de la dépouiller de toute valeur idéologique. Il faut être singulièrement préoccupé de sa propre théorie pour tirer de cette réponse une conséquence aussi étrangère au contexte et aussi contraire à l'affirmation parfaitement libre et claire de 5.28-29. - Jésus est revenu par là au sujet dont Marthe s'était écartée, la résurrection de Lazare. Avant d'agir, il lui demande encore : « Crois-tu cela ? »