Marthe, occupée sans doute des affaires de sa maison reçut la première la nouvelle de l'arrivée du Seigneur et, dans son empressement, sans songer à avertir sa sœur que sa douleur retenait dans l'appartement intérieur, elle courut au-devant de lui. Telles les deux sœurs nous sont représentées Luc 10.38 et suiv., telles exactement nous les retrouvons ici. Le récit de Jean semble même faire allusion à celui de son devancier. Dans la supposition contraire, la conformité des caractères n'en est que plus frappante. - La parole de Marthe (v. 21) n'est point un reproche. Comment ignorerait-elle que son frère était mort avant même que Jésus eût reçu la nouvelle de sa maladie ? Comment, surtout, se permettrait-elle de murmurer contre sa manière d'agir, au moment où elle va lui demander ce qu'il y a de plus grand ? Elle exprime simplement le regret de ce que Jésus ne se soit pas trouvé là au moment de la maladie, et ce regret, ne sert qu'à préparer la demande qu'elle a à faire. Elle dit d'après le T. R. et les byz. οὐκ ἐτεθνήκει, « ne serait pas en ce moment plongé dans la mort, » au lieu de ἀπέθανεν, « n'aurait pas fait acte de mourir, » que lisent les alex. (voir au v. 32). - Le T. R. ajoute avec plusieurs Mjj. ἀλλά devant καὶ : « mais même maintenant. » Ce mais n'est pas nécessaire : « Je sais que maintenant même dans sa mort mon frère peut éprouver la vertu de ta prière. » - L'expression indéterminée tout ce que laisse entendre ce qui est trop grand pour être exprimé. Il y a une retenue pleine de délicatesse dans cette demande indirecte. C'est sans doute la grandeur de l'œuvre attendue qui s'exprime dans la répétition du mot θεός, Dieu, à la fin des deux propositions du v. 22 : « Tu es le bien-aimé de Dieu, Dieu te donnera la vie de mon frère. » Cette confiance est inspirée à Marthe non seulement par la connaissance générale qu'elle a de Jésus et par les résurrections opérées en Galilée mais plus spécialement par le message du v. 4 et par cette soudaine arrivée, qui renferme aussi une promesse.
Il y a, dans la foi de Marthe, plus de vivacité que de lumières. Elle croit au prodige de puissance : mais elle n'est pas initiée encore à la sphère spirituelle en dedans de laquelle seule un tel acte prendra son vrai sens et sa valeur. Avant de satisfaire à sa prière, Jésus travaille à la mettre en état de bien recevoir. Il procède, dans ce but, comme il l'a fait aux ch. 5 et 6, en donnant d'abord à sa promesse la forme la plus générale : Ton frère ressuscitera. Hengstenberg pense même qu'il ne fait point allusion, dans ces mots, à la prochaine résurrection de Lazare, qui selon lui ne mérite pas le nom de résurrection. Car le retour à cette misérable existence terrestre ne saurait être appelé de ce beau nom. Mais n'est-ce pas faire violence au texte, que de se refuser à voir dans cette parole la promesse de l'événement qui va suivre ? - La foi à la résurrection des Israélites pieux, comme ouverture du règne messianique, était déjà professée Daniel 12.2 et 2 Maccabées 7.9,14, etc. ; elle était généralement répandue en Israël, et cela surtout « dans les cercles où dominait l'enseignement pharisaïque[1]. »
Il n'y a nullement, dans la réponse de Marthe, comme on l'a cru, l'indice d'une chute de la hauteur de loi où son cœur s'était élevé. Seulement, en parlant ainsi, elle veut s'assurer du sens que Jésus attache lui-même à sa promesse. Si elle parle uniquement de la résurrection finale, qui est pour elle le certain, c'est pour donner à Jésus l'occasion de s'expliquer et de déclarer expressément ce qu'elle ose à peine espérer quant à la circonstance présente. Il y a là comme une question indirecte. Tout respire chez Marthe
une foi virile, pleine d'énergie et d'activité. Mais cette foi n'est pas aussi spirituelle qu'elle est forte : elle n'a pas encore assez pour objet la personne du Seigneur. Jésus, de son côté, travaille, dans sa réponse, à la développer dans cette direction.
Notes
[1] Schürer, Gesch. des jüd. Volkies. Il, p. 460. Les différences existantes dans cette attente générale de la résurrection sont parfaitement exposées par cet auteur.