Comme c'est la maladie de Lazare qui est l'occasion de tout ce qui suit, le mot ἀσθενῶν, malade, est placé en tête. La particule δέ est le or de transition (5.5). Le nom de l'endroit où demeurait Lazare est relevé avec soin, parce que c'est la situation de cette bourgade (en Judée) qui amène l'entretien suivant entre Jésus et ses disciples. Mais comment l'auteur peut-il désigner Béthanie comme le bourg de Marie et de Marthe, deux personnages dont les noms n'avaient point encore été mentionnés dans cet évangile ? Il admet évidemment que les deux sœurs sont connu des lecteurs par la tradition évangélique, spécialement par le fait raconté Luc 10.38-42. Béthanie, aujourd'hui El-Azirieh (de El-Azir, nom arabe de Lazare), est un pauvre village situé sur le versant oriental de la montagne des Oliviers à trois quarts de lieue de Jérusalem : il est habité par une quarantaine de familles musulmanes. Dès le IVe siècle on y montrait, comme on y montre encore à cette heure la prétendue maison de Lazare, ainsi que son sépulcre. - Les deux prépositions ἀπό et ἐκ, employées ici parallèlement, ne sont pas absolument synonymes, comme le pensent Meyer et Weiss. Le passage 1.45 ne prouve rien en faveur de cette assertion. Il me paraît que la première préposition se rapporte plutôt à la résidence, la seconde à l'origine : Lazare demeurait à Béthanie, d'où il était. - Le nom de Marie est placé le premier, comme plus marquant, par suite du fait rappelé au v. 2. Mais il paraît ressortir des v. 5 et 19 que Marthe était l'aînée, et de Luc 10.38 et suiv., qu'elle était dans la maison le personnage principal. Les récits de Matthieu 26.6 et suiv. ; Marc 14.3 et suiv., prouvent que la tradition orale ne mentionnait pas en général le nom de Marie dans le récit de l'onction : car ils parlent simplement d'une femme. Peut-être cette omission explique-t-elle la forme du récit de Jean au v. 2 : « Cette Marie, dont je vous parle ici, est la femme dont on raconte qu'elle a oint… et essuyé… » Par la fin du verset, Jean revient de cet épisode au fait qui forme le sujet de son récit, en rattachant l'indication à donner sur Lazare au nom de Marie, comme la dernière mentionnée : C'est elle dont le frère, Lazare, était malade.
Hengstenberg consacre vingt-six pages à prouver que (selon l'idée qui prévalait en général avant la Réformation) Marie, la sœur de Lazare, est le même personnage que Marie-Madelaine (Luc 8.2) et que la femme de mauvaise vie qui oignit les pieds de Jésus (Luc 7.36 et suiv.). Il compose sur ce thème un petit roman, d'après lequel la Galilée aurait été le théâtre de la vie dissolue de Marie ; Marthe, sa sœur, aurait fait, dans un voyage de fête, la connaissance du riche pharisien Simon, demeurant à Béthanie, qui l'aurait épousée ; elle aurait recueilli plus tard dans sa maison sa sœur Marie, revenue de ses égarements, ainsi que son frère Lazare, tombé dans la pauvreté. Ainsi s'expliquerait l'entrée de Marie dans la salle du banquet (Luc ch. 7) ; elle était là comme chez elle, et la réflexion de Simon serait une méchante chicane de beau-frère. Il n'y a pas jusqu'à la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche qui ne doive trouver sur cette voie son explication, etc., etc. Cette dissertation ne prouve qu'une chose : c'est la facilité avec laquelle un homme sagace et érudit prouve tout ce qu'il veut prouver. Le seul argument qui ait quelque valeur se tire d'un certain rapport d'expressions entre Jean 11.2 et Luc 7.37-38. Mais la scène est si différente, - d'un côté, la Galilée ; de l'autre, la Judée ; là, les premiers temps du ministère de Jésus ; ici, un des jours qui précèdent sa Passion ; là, une discussion sur le pardon des péchés ; ici, un entretien sur la somme dépensée, - et la répétition d'un tel hommage est si naturelle, dans les mœurs de l'Orient, que nous ne saurions accorder la moindre vraisemblance à la double identité de personnes que Hengstenberg cherche à établir.