Comme nous l'avons dit déjà, les synoptiques (Matthieu 19.1 ; Marc 10.1 ; et, en vertu du parallélisme, Luc 18.15) mentionnent aussi ce séjour en Pérée, peu avant la dernière Pâque. Comme Jésus n'eût certainement pas pu demeurer longtemps à Jérusalem sans que le conflit atteignît son terme, il quitta la capitale après la fête de la Dédicace et alla reprendre le pèlerinage interrompu par ce court voyage. Ce fut ainsi qu'il arriva en Pérée où nous le trouvons dans ce passage de jean. - On sent, au ton de l'apôtre, que ce séjour ne fut pas sans douceur pour Jésus et pour ses premiers disciples. Il y a du charme à se retrouver, en finissant sa carrière, dans les lieux où elle a commencé. Jésus avait d'ailleurs la joie de recueillir ici une moisson préparée par le fidèle travail de son précurseur. Il serait difficile de méconnaître dans cette description le souvenir personnel de l'évangéliste (voir Weiss). - Le mot de nouveau (v. 40) ne fait nullement allusion à un séjour en Pérée supposé entre le v. 21 et le v. 22, comme, l'a pensé Lange, mais bien à celui dont Jean avait parlé 1.28, lorsque Jésus se trouvait avec son précurseur à Béthanie, près du Jourdain. Le terme τὸ πρῶτον (ou, comme lit le Sinaïticus τὸ πρότερον) oppose ces premiers jours à son ministère postérieur, qui s'était accompli dans de tout autres localités (3.23). - Le sens du témoignage que les croyants de Pérée rendent à Jean, est celui-ci : « Si Jean n'a pas fait lui-même des miracles, il a bien prédit du moins tout ce que ferait celui dont il annonçait la venue. » Jean grandissait ainsi, à leurs yeux, de toute la grandeur de celui qui l'avait suivi et auquel il avait rendu témoignage. - Le mot ἐκεῖ, là, doit certainement être placé, selon la leçon des alex., à la fin du verset : c'est sur ce mot que repose l'accent. Cette foi qui se développait si facilement en Pérée forme un contraste frappant avec l'incrédulité persévérante des habitants de la Judée, dont les chapitres précédents, ont retracé les progrès. Par l'effet de ce contraste, s'ajoute ici un nouveau trait au grand acte d'accusation que dresse contre les Juifs cette partie de l'évangile.
Troisième cycle
Tout est mûr désormais pour la catastrophe ; le développement commencé au chapitre 5 touche à son terme. Encore une belle œuvre, et la condamnation de Jésus sera définitivement prononcée. C'est à ce dénouement que nous fait assister le chapitre 11.
Du séjour en Pérée les synoptiques nous racontent quelques traits particuliers qu'omet Jean : l'entretien avec les pharisiens sur le divorce, la présentation des enfants, la scène du jeune homme riche, la demande ambitieuse de Jacques et de Jean. Le quatrième évangéliste ne mentionne que le fait qui mit fin à ce séjour, la visite à Béthanie.
C'est évidemment le dessein de nous faire assister au développement de l'incrédulité juive qui a présidé à ce choix : comparez le récit de la séance du sanhédrin, comme conséquence du miracle (v. 47 à 53), la relation établie entre ce miracle et l'entrée du jour des Rameaux (12.17-18), enfin la relation entre celle-ci et la catastrophe finale (12.19). Le cycle entier se divise en trois sections :
- La résurrection de Lazare, avec son résultat immédiat, la sentence de condamnation prononcée sur Jésus ; ch. 11.
- Trois faits qui forment la transition du ministère actif de Jésus à sa Passion ; 12.1-36.
- Un coup d'œil rétrospectif jeté par l'évangéliste sur ce grand fait de l'incrédulité juive qui a été retracé depuis le chapitre 5 ; 12.37-50.
Première section
La résurrection de Lazare
Aucune scène dans cet évangile n'est présentée d'une manière aussi détaillée et aussi dramatique. Aucune non plus ne fait ressortir plus distinctement le caractère à la fois parfaitement divin et parfaitement humain de Jésus et ne justifie mieux la déclaration centrale du prologue : « La Parole a été faite chair. »
Trois phases :
- La préparation : v. 1 à 16 ;
- Le fait : v. 17 à 44 ;
- La conséquence : v. 45 à 57.
I. La préparation : v. 1 à 16.
Jean décrit d'abord la situation générale, v. 1-2 ; puis la conduite de Jésus envers les deux sœurs, v. 3-6 ; enfin ses entretiens avec les disciples avant le départ, v. 7-16.