La fête de la Dédicace (ἐγκαίνια) avait été instituée par les Maccabées en souvenir de la purification du temple après sa profanation par Antiochus Epiphane (1 Maccabées ch. 4 ; Josèphe, Antiq. XII, 7. 6). Elle durait huit jours depuis le 25 kaslew, qui, si l'on était alors en l'an 29 de notre ère, tombait cette année-là, d'après le travail de M. Chavannes cité ⇒, sur le 19 ou le 20 décembre. On l'appelait τὰ φῶτα, les lumières, à cause de la brillante illumination par laquelle on la célébrait, non seulement à Jérusalem, mais dans tout le pays. Jésus en profita pour adresser encore, avant la Pâque, un dernier appel à son peuple. Nous pouvons conclure de ce qui précède qu'il exécuta probablement ce rapide voyage à Jérusalem pendant que les soixante et dix disciples accomplissaient, en Galilée, la mission qu'il leur avait confiée et y préparaient de lieu en lieu son dernier appel. Nous avons vu qu'il avait probablement accompli le voyage à la fête de Purim (Jean ch. 5) pendant que les Douze remplissaient une mission semblable en Galilée (⇒).
C'était la mauvaise saison ; on ne pouvait rester en plein air. Jésus se tenait donc sous le portique de Salomon, antique péristyle situé dans la partie orientale du parvis au-dessus de la vallée de Josaphat. C'était le dernier reste de l'ancien temple. Ce lieu, qu'avait rendu cher au cœur de l'évangéliste le souvenir de la circonstance qu'il va raconter paraît avoir été également sacré pour les chrétiens de la primitive église de Jérusalem (Actes 3.11). La nature de la localité facilitait (donc. v. 24) l'espèce de manœuvre qu'exécutèrent en ce moment les Juifs et qui est décrite par le terme ἐκύκλωσαν, ils l'entourèrent. Pendant que Jésus allait et venait sous ce péristyle, ils profitèrent d'un moment favorable pour s'interposer entre lui et ses disciples et le forcer à parler. Il me paraît que ce doit être là le sens de cette expression étrange : « ils renfermèrent dans un cercle. » C'est la scène de 8.25 qui se renouvelle à une plus haute puissance. Ils sont las de ses réponses qui leur paraissent ambiguës. Plusieurs d'entre eux sentent bien que jamais homme ne s'est autant rapproché de l'idéal messianique. Qu'il consente enfin à jouer tout de bon le rôle de Messie, à nettoyer le pays de la puissance romaine comme autrefois Judas Maccabée purifia ce temple des profanations syriennes, ils l'acclameront volontiers, et cela dans cette fête même ; sinon, qu'il avoue franchement qu'il n'est point le Messie, et ne continue pas à exciter l'attente du peuple ! Nous nous représentons ainsi le sentiment général. Quelques-uns, plus mal disposés, voulaient peut-être - c'est l'idée de Weiss - lui arracher le terme de Christ afin de l'accuser. - L'expression τὴν ψυχὴν αἴρειν, proprement : soulever l'âme, s'applique à toutes les vives émotions : voir chez les tragiques grecs. Ici ce terme exprime l'attente qu'excitait une activité comme celle de Jésus, qui réveillait toutes les espérances nationales sans les satisfaire jamais. Philon emploie le terme μετεωρίζειν exactement dans le même sens.
Cette scène prouve que Jésus ne s'était jamais publiquement et en propres termes déclaré le Messie. Jean est donc sur ce point, d'accord avec les synoptiques.
II. Première allocution : v. 25 à 31.