celui[1] qui vient après moi, - qui a été là avant moi[2], - de la sandale duquel je ne suis pas digne de délier la courroie.
Cette réponse a été trouvée peu claire et embarrassée. De Wette juge même qu'elle ne correspond pas du tout à la question posée. L'explication généralement admise est celle-ci : « Mon baptême d'eau n'empiète pas en tous cas sur celui du Messie, qui est de nature bien supérieure ; il le prépare seulement. » Jean excuserait en quelque sorte son baptême en s'efforçant de le diminuer et en rappelant qu'au-dessus de cette cérémonie le baptême messianique conserve la place qui lui est propre. Mais d'abord ce serait là éluder la question posée ; et la critique de de Wette resterait fondée. Car on attaquait le baptême de Jean en lui-même et non comme portant atteinte à celui du Messie. Puis les mots ἐν ὕδατι, d'eau, devraient être placés en tête : « C'est d'eau seulement que je baptise ; » et le baptême d'Esprit devrait nécessairement être mentionné dans la proposition suivante comme antithèse. Enfin il ne serait guère conforme au caractère du Baptiste de s'abriter sous l'insignifiance de son rôle et de présenter son baptême comme une nouveauté inoffensive. Sa réponse bien comprise est au contraire pleine de gravité, de solennité, de menace même ; elle fait ressortir l'importance de la situation présente, au mystère de laquelle Jean seul jusqu'alors est initié. « Le Messie est là : voilà pourquoi je baptise ! » Si le temps messianique est réellement arrivé, et s'il est lui-même chargé de l'inaugurer, son baptême est par là même justifié (voir le v. 23). Ce sentiment de la gravité de la situation et de l'importance de son rôle s'exprime dans le ἐγώ, moi placé en tête de la réponse, et dont le sens, comme le prouve la suite, est celui-ci : « Je baptise d'eau, moi, et en agissant ainsi je sais ce que je fais : car il est là, celui qui… » Nous avons rendu la force de ce pronom par l'affirmation oui ! On oppose ordinairement le ἐγώ, moi, au Messie, en établissant une antithèse entre le baptême d'eau et le baptême d'Esprit. Mais ce dernier n'est pas même mentionné, et cette interprétation résulte d'une réminiscence de la parole du Baptiste dans les synoptiques. C'est de là aussi qu'est probablement provenue l'introduction de la particule δέ, mais (dans ce qui suit, après le mot μέσος), qui est omise avec raison parles alex. C'est précisément parce qu'il sait que le Messie est là présent au milieu d'eux, qu'il baptise d'eau et qu'il a le droit de le faire. Cette réponse, accompagnée, comme elle le fut sans doute, d'un regard significatif jeté sur la foule comme pour y chercher le personnage mystérieux auquel il pensait, dut produire chez ses auditeurs une émotion profonde. Les deux leçons ἕστηκεν et στήκει, quoique l'une soit au parfait, l'autre au présent, ont le même sens : il se tient là. Les mots importants sont ceux-ci : que vous ne connaissez pas. Le mot vous oppose les auditeurs de Jean qui ignorent encore, à Jean lui-même qui déjà sait. Cette parole suppose nécessairement que le baptême de Jésus était un fait accompli au moment où parlait le précurseur. Car c'était au moyen de cette cérémonie que, conformément à la promesse divine (v. 33), la personne du Messie devait lui avoir été désignée. Dans les v. 31 et 33, il affirme lui-même que, jusqu'au moment du baptême, il ne le connaissait pas. Il est donc impossible de placer le baptême de Jésus, avec Wahle ce jour même, avec Olshausen et Hengstenberg ce jour ou le lendemain, avec Bæumlein entre les v. 28 et 29, ou enfin avec Ewald entre les v 31 et 32 - Ce témoignage est d'ailleurs, quoi qu'en dise Weiss. tout différent des prédications de Jean, rapportées dans les synoptiques, et qui avaient précédé le baptême de Jésus. Les termes mêmes dont le précurseur se sert ici renferment une allusion très claire à des déclarations antérieures dans lesquelles il avait annoncé un personnage qui devait suivre ; cela est surtout évident si on lit ὁ devant ὀπισω μου ἐρχόμενος, « le venant après moi que je vous ai annoncé. » - Ce témoignage a un caractère tout nouveau. « Le Messie est là, et je le connais. » C'est ici la première déclaration qui se rapporte personnellement à Jésus ; c'est pour ses auditeurs le vrai point de départ de la foi en lui. - Les mots c'est lui (αὐτος ἐστιν), omis par les alex., tantôt omis, tantôt lus par Origène, ne sont pas indispensables et peuvent avoir été ajoutés soit par des copistes qui identifiaient à tort ce témoignage avec celui du v. 15 (οὗτος) », soit par d'autres qui voulaient faire mieux ressortir l'allusion aux témoignages antérieurs rapportés par les synoptiques.
Il en est tout autrement des mots : qui a été là avant moi, qu'omettent les alex., Origène, la Syriaque de Cureton et celle du Sinai. mais que lisent 13 Mjj. et les deux anciennes versions, l'Itala et la Peschitto. La relation entre ce témoignage et celui du v. 30, qui suivra, rend ces mots indispensables dans le v. 27. Car au v. 30, Jean reproduit expressément (« c'est lui dont je disais [hier] ») le témoignage du v. 27, et non, comme on se le figure, celui du v. 15, qui n'est lui-même qu'une citation de notre v. 30 (voir au v. 18). Le premier jour, Jean prononça, sans encore désigner Jésus, la déclaration des v. 20 et 27 ; le second jour, il la répéta, comme cela est raconté v. 30. en l'appliquant cette fois à Jésus présent. Gess dit avec raison : « Si la leçon abrégée du v. 27 était la vraie, l'évangéliste se référerait dans le v. 30 à un fait qui n'aurait pas été raconté par lui » (I p. 345). Ces mots : qui a été là avant moi, sont, au v. 27, une sorte de parenthèse intercalée par le précurseur : « Venu après moi. Oui, et en réalité cependant mon devancier ! » (Voir au v. 15.) - Par l'expression « délier la courroie des sandales. » Jean veut désigner l'humble office d'un esclave. Sur le pléonasme du οὗ et du αὐτοῦ, Bæumlein dit avec raison : « imitation de la construction hébraïque. » - Les philologues discutent sur la question de savoir si la forme ἄξιος ἵνα implique un affaiblissement du sens de la conjonction ἵνα, qui deviendrait selon plusieurs une simple paraphrase de l'infinitif (digne de délier), - ainsi Bæumlein, - ou si cette conjonction conserve toujours la notion de but (Meyer). Bæumlein s'appuie sur l'usage du grec postérieur et sur le νά du grec moderne, qui avec le verbe au conjonctif remplace l'infinitif. Néanmoins nous croyons avec Meyer que la notion de but ne se perd jamais tout à fait dans le ἵνα du N.T celui qui est digne de faire une chose est comme destiné à la faire.
Notes
[1] T. R. lit après οιδατε : αυτος εστιν (c'est lui), avec 13 Mjj. les Mnn. It. Vg. Syrsch. p. hier Or. (3 fois) ; ces mots sont retranches par ℵ B C L N Tb Syrcur. sin Or. (7 fois). - L'article ο devant οπισω est omis par ℵ B Or.
[2] Après ερχομενος T. R. lit ος εμπροσθεν μου γεγονεν (qui a été là avant moi) avec les mêmes autorités que plus haut ; ces mots sont retranchés par toutes les autorités qui retranchent αυτος εστι(c'est lui).