Le séjour des morts et l'abîme ne sont jamais rassasiés - le tombeau, sens que le mot a souvent, et qu'on peut appeler « perdition », parce que les corps qu'on y dépose se corrompent et se détruisent bien vite ; et quoiqu'il reçoive et dévore les corps, il est toujours prêt à en recevoir d'autres : c'est l'une des quatre choses qui ne sont jamais rassasiées. Le lieu où Gog est dit avoir été enterré s'appelle Hamon-Gog, la multitude de Gog (Ézéchiel 39:11), que la Septante y appelle polyandrion, nom que les Grecs donnaient à un cimetière parce que beaucoup d'hommes y sont enterrés ; et chez les Latins on appelle les morts plures, « les plus nombreux » ; et pourtant le tombeau n'en est jamais rassasié (Proverbes 30:16). Ou bien il s'agit de l'enfer, lieu de la damnation et de la ruine éternelles, qui a déjà reçu des multitudes d'âmes et où il y a encore place pour d'autres, et qui ne sera plein qu'au dernier jour.
Ainsi les yeux de l'homme ne sont jamais rassasiés : ni ceux du corps, qui ne se lassent pas de voir mais désirent toujours voir davantage, et à vrai dire tout ce qu'il y a à voir, sans jamais en être gorgés (Ecclésiaste 1:8) ; ni ceux de l'esprit charnel, c'est-à-dire ses convoitises, qui sont insatiables, quel qu'en soit l'objet : ainsi chez l'ambitieux, chez l'avare et chez le débauché.