Quittez les insensés. Les insensés et leur compagnie : non pas les gens peu doués pour les choses naturelles et civiles, ni ceux que le monde tient pour fous - car les saints le sont à ses yeux, et il ne faut ni négliger ni fuir leur compagnie -, mais ceux dont la folie est coupable : ceux qui ignorent les choses de Dieu et qui se moquent du péché et de la religion. Une telle compagnie ne convient nullement aux invités de la Sagesse, et ceux qui entrent chez elle doivent la quitter. Il est tout à fait déplacé que ceux qui suivent la Sagesse fréquentent des insensés ; il n'y a rien à y gagner, et même beaucoup à y perdre, car c'est dangereux et lourd de conséquences : cela corrompt les bonnes mœurs, cause du chagrin et rompt tôt ou tard la paix. Cela ne leur convient pas du tout de vivre avec eux : le Christ les a appelés à sortir du milieu d'eux, et ils doivent obéir ; et d'ailleurs ils ont une bien meilleure compagnie à fréquenter. Ils doivent aussi quitter les choses « insensées » ; la Septante traduit « la folie », la version arabe « l'imprudence », le Targum et la version syriaque « le manque d'intelligence » ou « de jugement » : les convoitises insensées, qui sont nuisibles et font la guerre à l'âme, et qu'il faut renier et fuir ; toutes les voies insensées, les leurs et celles des autres, qui sont dangereuses et mènent à la ruine ; et toutes les doctrines insensées, celles qui contredisent les Écritures, la doctrine du Christ et de ses apôtres, celles qui tendent à rabaisser l'une des personnes de la Trinité, à obscurcir ou à diminuer la part de la grâce de Dieu dans le salut de l'homme, ou à exalter la créature : tout cela est à quitter, à éviter et à fuir, et ne mérite ni approbation ni encouragement.
Et vivez. On peut le prendre comme une exhortation, au même titre que ce qui précède : vivez des provisions de la maison de la Sagesse, de son pain et de son vin ; vivez du Christ lui-même par la foi ; ne vivez pas comme les insensés, mais comme les sages ; ne vivez pas pour vous-mêmes ni pour les convoitises des hommes, mais pour la volonté et la gloire de Dieu ; ne vivez pas dans le péché, mais pour la justice ; ne vivez pas pour la chair ni selon elle, mais pour l'Esprit et selon lui. Ou bien on peut le prendre comme une promesse, en guise d'encouragement et pour appuyer l'exhortation précédente : « et vous vivrez » - honorablement, et non pas dans le déshonneur, comme ceux qui fréquentent les insensés ; agréablement et heureusement, comme ceux qui entrent chez la Sagesse et deviennent ses hôtes. Ceux-là vivent en communion avec le Christ et avec son peuple ; ils vivent dès maintenant d'une vie spirituelle, et ils vivront ensuite d'une vie éternelle.
Et marchez dans la voie de l'intelligence. C'est ce que font ceux qui quittent la compagnie des insensés et deviennent les hôtes de la Sagesse. Ils sont dans la voie de l'intelligence et y marchent, ceux qui se présentent souvent au trône de la grâce et demandent la sagesse au Père des lumières - l'Esprit de sagesse et de révélation dans la connaissance des choses divines, que reçoivent ceux qui la demandent ; c'est ainsi que Salomon obtint toute sa sagesse et toute son intelligence. Ils y sont et y marchent, ceux qui lisent constamment et attentivement les Écritures, capables de rendre un homme sage pour le salut ; ceux qui montent à la maison du Seigneur chaque fois qu'ils en ont l'occasion, pour y être instruits par lui ; ceux qui se placent sous la prédication de serviteurs fidèles, qui nourrissent les hommes de connaissance et d'intelligence ; ceux qui se soumettent aux ordonnances de l'Évangile et gardent les commandements du Christ - car on dit de ceux-là qu'ils ont une bonne intelligence : ils le montrent, et par ces moyens ils l'acquièrent et l'augmentent (voir Psaume 111:10 ; 119:104). Et enfin ceux qui fréquentent des chrétiens instruits et expérimentés ; car « celui qui marche avec les sages devient sage » (Proverbes 13:20).