Elle a envoyé ses servantes. Non pas les vertus morales ou les bonnes œuvres, qui servent la cause du Christ et de la religion et font honneur à l'Évangile et à ceux qui le professent ; ni les arts libéraux et les sciences, qu'on dit être les servantes de la théologie ; ni les anges, esprits au service du Christ ; mais les serviteurs de l'Évangile. Qu'ils soient ainsi appelés ne suppose ni n'autorise que des femmes prêchent : le mot est là pour respecter la convenance de la parabole et la logique de l'allégorie. Puisque la Sagesse est représentée comme une grande dame, une princesse ou une reine, il est normal que sa suite soit faite de servantes, et que ce soient elles qu'elle emploie à inviter ses hôtes - comme Rébecca, la fille de Pharaon, Esther et d'autres avaient, dit l'Écriture, leurs servantes pour les accompagner. Et de plus, l'image convient très bien aux serviteurs de l'Évangile : ils sont les serviteurs du Christ, ils le suivent et lui obéissent, ils sont humbles et modestes, incorruptibles dans leur doctrine, purs dans leur conduite, et leur voix est douce, agréable et attirante - non pas la voix rude de la loi, mais la voix légère, ténue et mélodieuse de l'Évangile ; une voix d'amour, de grâce et de miséricorde, de paix, de pardon et de justice, de liberté, de vie et de salut : voix très charmeuse, très attirante, très entraînante. Ils appartiennent au Christ, qui les choisit, les appelle et les prépare à son service ; et eux se donnent à lui et s'engagent de bon gré. Et il les « envoie » : c'est de lui qu'ils tiennent leur mission et leur mandat de prêcher l'Évangile, d'inviter les gens au festin et de leur faire partager les mets qu'il a préparés. Il les envoie publiquement dans le monde, partout où sont les siens, dans les rues et les ruelles, et jusque le long des haies et des chemins, pour inviter et même contraindre les gens à entrer. Ce qui suppose qu'il leur est supérieur et qu'il leur a donné autorité.
Elle crie sur les hauteurs de la ville. Il faut l'entendre de la prédication de l'Évangile, faite d'abord par le Christ lui-même en personne, dans la ville de Jérusalem, dans le temple et en d'autres lieux publics ; puis par ses serviteurs, et par lui-même parlant en eux, là ou ailleurs. Ce n'est pas un simple chuchotement, mais un cri, une proclamation faite à voix haute, et qui doit se faire avec ferveur et vigueur. La « ville » peut désigner l'Église de Dieu, et les « hauteurs » ses ordonnances ; l'ensemble marquant le caractère public de celles-ci, qui sont dans l'Église ce que sont dans une ville les faîtes et les pinacles des bâtiments les plus élevés, selon le sens du mot employé.