Elle a égorgé ses bêtes ; ou : « sa victime » - le Christ crucifié, qui est le principal des mets servis dans la maison de la Sagesse, c'est-à-dire dans l'Église du Christ. La mort du Christ était préfigurée par l'égorgement des bêtes offertes en sacrifice sous l'ancienne loi ; elle a été annoncée par les prophètes, et le Nouveau Testament l'exprime en disant qu'il a été « tué », ce qui montre que sa mort ne fut pas naturelle mais violente. On l'attribue ordinairement aux Juifs, comme à une action criminelle de leur part ; mais elle ne s'est pas faite en dehors du dessein et de la décision de Dieu, ni sans la volonté et le consentement du Christ. Cette mort fut une victime offerte à la justice, en manière de sacrifice et de satisfaction pour le péché ; elle fut une mort par substitution, offerte à la place et au profit de son peuple, pour faire l'expiation de ses péchés. Et cette victime n'est autre que lui-même, son âme et son corps, unis à sa personne divine : sacrifice offert volontairement par lui-même, souverainement agréable et plaisant à Dieu, efficace pour tout ce en vue de quoi il a été offert, et par conséquent jamais à recommencer. Et comme sa mort est un sacrifice, elle devient un festin : le Christ crucifié est une nourriture parfaitement adaptée à la foi, lui qui est l'Agneau au milieu du trône, comme immolé ; l'Évangile le donne à voir clairement comme crucifié, et sous cette forme il est pour les siens une nourriture spirituelle et savoureuse, qui nourrit et fortifie, qui vivifie et console, et qui rassasie pleinement. C'est ainsi que le festin de l'Évangile, dont l'Agneau de Dieu immolé fait le plat principal, est décrit dans les mêmes termes qu'ici : « mes bœufs et mes bêtes grasses sont tués » (Matthieu 22:4).
Elle a mêlé son vin. Le vin tient lui aussi une place importante dans un banquet (Esther 5:6) ; et l'Église est appelée une salle de festin, une maison du vin (Cantique 2:4). L'amour du Christ est comparé au vin (Cantique 1:2,4) : à du vin vieux, à cause de son ancienneté, car il est plus ancien que le nôtre pour lui, et plus ancien que nous-mêmes, aussi ancien que l'éternité ; à du vin bien décanté sur sa lie, à cause de sa pureté, car il ne dépend d'aucun motif ni d'aucune condition tirés de la créature ; à un vin fort et généreux, qui réjouit et ranime les faibles, les épuisés et les affligés. L'Évangile du Christ est également comparé au vin (Cantique 7:9) : à du vin vieux, pour l'ancienneté de ses doctrines ; à du vin pur, pour sa pureté ; à un vin généreux, pour le plaisir, la joie et la consolation qu'il donne. Les bienfaits de la grâce qu'il présente peuvent recevoir le même nom, à cause de la consolation et de la vigueur qu'ils procurent, et qu'on obtient gratuitement (Ésaïe 55:1) ; et de même les joies du ciel (Matthieu 26:29). Or, ce vin est « mêlé », par allusion à l'usage de couper le vin, soit avec quelque chose de plus riche, comme des aromates (Cantique 8:2), soit plutôt avec de l'eau, comme le remarque Jarchi - usage courant dans ces pays chauds, pour rendre la boisson convenable au corps humain. La proportion dépendait bien sûr de la force du vin : le vin de Saron, qui était fort, se coupait de deux parts d'eau pour une de vin ; les anciens, eux, employaient auparavant trois parts d'eau pour deux de vin. Selon Plutarque, on connaissait trois façons de couper le vin, désignées par trois noms différents : trois parts d'eau pour deux de vin ; trois parts d'eau pour une de vin ; et une part de vin pour deux d'eau - la première passant pour le meilleur mélange. On dit qu'un certain Cérasus fut l'inventeur du mélange de vin et d'eau ; d'autres l'attribuent à Mélampe, d'autres encore à Amphictyon. Entendu spirituellement, ce mélange ne désigne aucune impureté ni aucune altération, comme celle dont se plaint Ésaïe 1:22 ; car l'amour du Christ est pur et souverain ; l'Évangile du Christ est exempt de tout mélange de doctrines humaines ; les bienfaits de la grâce viennent tous de la grâce seule, sans mélange d'œuvres humaines, et il en va de même de la vie éternelle : le salut est tout entier de pure grâce, et non par des œuvres de justice faites par les hommes et mêlées à elle. Le mélange peut plutôt désigner les manifestations variées de l'amour du Christ dans ses actes successifs : avant le temps, dans le temps, et maintenant dans le ciel ; ou bien la manifestation conjointe de l'amour du Père, du Fils et de l'Esprit dans le salut des hommes, et l'harmonie et l'accord des perfections divines dans cette œuvre ; ou encore la prédication de l'Évangile et l'adaptation de ses vérités à la portée des hommes. Et peut-être y a-t-il ici une allusion prophétique et figurée au sang et à l'eau qui sortirent du côté de l'Agneau de Dieu immolé.
Elle a aussi dressé sa table. Cela semble désigner le service de la Parole et l'administration des ordonnances au temps de l'Évangile, et spécialement le repas du Seigneur, appelé la table du Seigneur (1 Corinthiens 10:21). Une table bien dressée offre des mets nombreux et excellents : telle est la prédication de l'Évangile, désignée par toutes sortes de nourritures - pain, viande, lait, miel, fruits savoureux ; et le Christ, qui en est la substance même, est présenté sous plusieurs figures comestibles : agneau immolé, veau gras, manne cachée, pain de Dieu et pain de vie, dont la chair est vraiment une nourriture et le sang vraiment un breuvage. Et il se présente ainsi dans les ordonnances, en particulier dans le repas du Seigneur : c'est sa table, il s'y assied et y accueille ses invités, il les encourage à manger et à boire, et il mange avec eux. Là, son corps brisé et son sang répandu sont offerts à la foi de son peuple, pour être mangés et bus d'une manière spirituelle. Voilà une table richement servie !