J'étais alors auprès de lui, comme un enfant chéri. Il était alors - et de toute éternité - « auprès de lui », ou « avec lui » ; ce qui marque sa coexistence avec Dieu, sa relation à lui comme à son Père, sa proximité, son égalité avec lui et sa distinction d'avec lui. Il était auprès de lui quand les noms des élus de Dieu furent inscrits au livre de vie ; il était auprès de lui et avec lui dans le conseil et l'alliance de grâce et de paix ; et de même dans la création de toutes choses, et depuis lors toujours - non pas en spectateur, mais en partie prenante ; et non pas comme un subordonné ou un inférieur, mais comme son égal. Le mot hébreu traduit par « enfant chéri » est rendu de bien des façons. Symmaque et Théodotion traduisent « affermi » : le Christ, établi dans sa charge de Médiateur, fut affermi par son Père ; il était, dans sa vue, son conseil et son alliance, l'homme de sa droite, rendu fort pour lui. Le Targum traduit « fidèle », comme la version de Zurich : le Christ fut fidèle à celui qui l'avait établi, fidèle à tout ce qu'il avait promis et à tout ce qui lui avait été confié. Beaucoup traduisent « artisan » ou « ouvrier », comme le mot apparenté en Cantique 7:1 : le Christ fut en effet co-ouvrier, il travailla avec Dieu à faire toutes choses, les cieux, la terre, la mer et tout ce qu'ils contiennent ; non pas comme un instrument, mais comme cause co-efficiente - preuve de sa divinité véritable et de son égalité avec Dieu. D'autres pensent que le mot a le sens de nourrir, ou d'être nourri, élevé, éduqué. Certains le prennent au sens actif, comme en Ruth 4:16 ; Esther 2:7 ; Ésaïe 49:23, et l'entendent du soin que le Christ prend de la création, en soutenant et conservant dans l'existence toutes les créatures une fois faites, et tout particulièrement du soin qu'il prend de nourrir et de choyer l'Église et le peuple de Dieu confiés à sa garde. D'autres le prennent au sens passif, celui d'être « élevé », comme notre version ; l'interprète latin du Targum rend d'ailleurs « nourri à ses côtés », ce qui exprime la tendresse du Père pour lui comme pour son Fils unique engendré, qu'il portait dans son sein comme un père nourricier porte son enfant (Nombres 11:12), et par qui, comme Médiateur, il fut formé à l'exercice de sa charge.
Et j'étais chaque jour ses délices ; ou « ses délices » au pluriel : il lui était infiniment agréable. Le Père a aimé le Fils de toute éternité, d'un amour de complaisance et de joie (Jean 17:24 ; Matthieu 3:17). Cette joie était fondée sur la relation qu'il avait avec lui, sur la filiation ; sur la ressemblance, puisqu'il est l'empreinte exacte de sa personne ; sur l'identité de nature, puisqu'il a la même nature et les mêmes perfections que son Père. Il se réjouissait aussi en lui comme en un ouvrier, à cause des œuvres qu'il faisait, les mêmes qu'il lui voyait faire ; et il se réjouissait en lui comme Médiateur, en le voyant institué comme tel et s'engager comme garant, pour obéir et souffrir à la place des siens (Ésaïe 42:1). Et il ne mettait pas seulement sa joie en lui jour après jour, pendant les six jours de la création, quand il était auprès de lui comme ouvrier, mais avant cela, et même depuis les jours de l'éternité, depuis le moment où il fut institué Médiateur ; car il voyait d'avance sa nature humaine, l'obéissance et les souffrances qu'il y accomplirait, le salut des élus par lui, et sa propre gloire dans cette œuvre.
Me réjouissant sans cesse devant lui : toujours en sa présence et agréé de lui ; me réjouissant d'avoir la même nature et les mêmes perfections que lui, et de la relation qui m'unissait à lui ; et me réjouissant aussi en voyant d'avance les œuvres de création et de rédemption auxquelles je prendrais part avec lui - joie qui a toujours duré et durera toujours. Il y a un plaisir et une joie réciproques que le Père et le Fils trouvent l'un dans l'autre, et dans tout ce à quoi ils sont l'un et l'autre engagés, et tout particulièrement dans ce qui touche au salut du peuple élu. L'image du mot employé ici est celle d'enfants qui jouent en présence de leurs parents : c'est un divertissement pour les uns et un plaisir pour les autres.