Le Seigneur m'a possédé au commencement de sa voie. Et non pas « m'a créé », comme portent le Targum et la Septante - version qu'Arius a suivie et qui a donné naissance à sa doctrine funeste : il en concluait que le Christ est une créature, la première que Dieu ait faite, non pas de même nature que lui mais d'une nature semblable, produite à un certain moment ou à une certaine période de l'éternité, et par laquelle il aurait fait tout le reste. Or il n'est jamais dit que la Parole, ou la Sagesse de Dieu, soit créée ; et si elle l'était en tant que telle, il aurait fallu que Dieu fût sans sa Sagesse avant de la créer. De plus, le Christ, en tant que Parole et Sagesse de Dieu, est le Créateur de toutes choses, et non pas une créature (Jean 1:1-3). Cette possession n'est pas non plus celle d'un droit de création, sens que le mot a parfois (Genèse 4:1 ; Deutéronome 32:6). On pourrait plus justement traduire : « le Seigneur m'a engendré », le mot étant ainsi rendu par la Septante en Zacharie 13:5. Il marque que le Seigneur a, possède et goûte sa Parole et sa Sagesse comme son propre Fils ; possession exprimée par le fait qu'il est auprès de lui, en lui, dans son sein, et comme un enfant qu'il a mis au monde et élevé. Il en était ainsi « au commencement de sa voie » de création, quand Dieu déploya sa sagesse et sa puissance et créa toutes choses : il possédait alors son Fils et se servait de lui, car c'est par lui qu'il a fait les mondes. Et il en était de même « au commencement de sa voie » de grâce, laquelle précède sa voie de création : c'est par lui qu'il a commencé, quand il s'est porté pour la première fois vers son peuple par des actes de grâce ; ses premières pensées, ses premiers desseins, ses premiers décrets touchant leur bonheur étaient en lui ; c'est en lui que leurs personnes furent choisies ; c'est en lui que Dieu élaborait le plan de leur paix, de leur réconciliation et de leur salut ; c'est avec lui que l'alliance de grâce fut conclue, et c'est en lui que toute la plénitude de la grâce fut mise en réserve. On peut aussi traduire : « le Seigneur m'a possédé, moi, le commencement de sa voie », c'est-à-dire moi qui suis ce commencement, comme il l'est en effet : le commencement de la création de Dieu, la cause première et efficiente de celle-ci, de l'ancienne comme de la nouvelle (voir Colossiens 1:18 ; Apocalypse 3:14). C'est ainsi que l'entend Aben Ezra, qui rapproche ce passage de Job 40:19. Tout cela montre l'existence réelle et effective du Christ de toute éternité, sa relation à Jéhovah son Père, sa proximité avec lui, son égalité avec lui et sa distinction d'avec lui. Il est ajouté, pour plus d'éclaircissement et de confirmation :
Avant ses œuvres les plus anciennes : la création des cieux et de la terre, dont le détail est donné dans les versets qui suivent.