Pour donner en héritage à ceux qui m'aiment des biens réels. Des bénédictions consistantes, des bénédictions dignes de ce nom, comme le sont toutes les bénédictions spirituelles ; une grâce consistante, comme l'est toute grâce ; une communion consistante avec Dieu et avec le Christ, qui est une chose bien réelle et qu'on obtient par le chemin de la justice ; et aussi un bonheur consistant dans l'au-delà, tel qu'est la vie éternelle. Le fait de l'exprimer par « substance », ou « ce qui est », selon le sens du mot employé, en marque d'abord la réalité : non seulement elle est promise, préparée et mise en réserve pour les saints, mais ils la connaissent déjà maintenant et en ont les arrhes et le gage. Cela en marque aussi la solidité, par opposition aux choses vaines et fuyantes de cette vie ; et encore sa richesse, sa valeur et sa permanence : c'est un bien durable, qu'on ne peut ni dilapider ni se faire enlever, incorruptible par nature, et dont les saints jouiront toujours. On peut aussi y voir Dieu lui-même, qui est par excellence « celui qui est », l'Être existant par soi, l'Être des êtres, l'essence même, et dont les saints sont héritiers, et qui sera leur part maintenant et à jamais (Romains 8:17 ; Psaume 73:26). Et ceux qui jouiront de cet héritage sont ceux qui « aiment » le Christ : c'est à eux qu'il est promis, pour eux qu'il est préparé, à eux qu'il sera donné (Jacques 1:12 ; 1 Corinthiens 2:9 ; 2 Timothée 4:8). Non que leur amour pour le Christ mérite un bien d'un tel prix ; mais cela décrit les personnes qui l'auront, et signale la disposition qui convient, sans laquelle nul ne serait apte à en jouir. Il y a d'ailleurs un lien entre la grâce et la gloire. Ajoutons que cela montre que le Christ n'aime pas seulement en paroles, quand il dit « j'aime ceux qui m'aiment » (Proverbes 8:17), mais aussi en actes ; et combien il fait cas de l'amour des siens. Cela vise aussi à encourager la foi et l'espérance des croyants faibles, qui, sans croire encore bien fermement au Christ, l'aiment pourtant sincèrement. Remarquons enfin que ce bien s'obtient à titre d'héritage : il ne s'achète ni ne s'acquiert, il est légué et donné aux enfants de Dieu par leur Père céleste, et il leur vient par la mort du Christ, le testateur ; et il est pour toujours, comme le sont les héritages. Aben Ezra fait d'ailleurs remarquer que le mot désigne une possession éternelle.
Et je remplirai leurs trésors : les trésors de leur cœur (Matthieu 12:35). Dès maintenant, le Christ remplit leur intelligence de connaissance spirituelle, leur âme de grâce, leur esprit de paix et de joie, et leur cœur de nourriture et d'allégresse ; et plus tard, il les remplira jusqu'à pleine satisfaction de connaissance, de sainteté et de joie, et il sera tout en tous pour eux.