La crainte du Seigneur, c'est la haine du mal. De tout mal en général : mauvaises pensées, mauvaises paroles, mauvaises actions, mauvaises fréquentations, faux culte, fausses doctrines. Et par « la crainte du Seigneur », qui se manifeste par cette haine du mal - à cause de son caractère répugnant, de son opposition à Dieu et à sa volonté, tel qu'il apparaît dans le miroir de la loi et surtout dans le miroir de l'amour qui pardonne -, il ne faut pas entendre la peur de ses jugements et de sa colère, ni une défiance envers sa grâce et sa bonté, encore moins une crainte hypocrite ou une simple façade de piété ; mais une affection respectueuse envers lui, qui n'appartient qu'à des enfants : une crainte filiale et pieuse, qui va de pair avec une foi solide, une grande joie et un vrai courage ; elle est à l'opposé de l'orgueil et de la confiance en soi, et s'accompagne d'une sainteté réelle. Elle prend sa source dans la grâce de Dieu, et grandit beaucoup à mesure que l'on découvre son amour et sa bonté. Si elle est intégrée ici à la description de la sagesse, c'est pour la distinguer de la sagesse charnelle, et pour la recommander par sa sainteté ; car c'est là le commencement de la sagesse, et même la sagesse elle-même (Job 28:28 ; Psaume 111:10 ; Proverbes 1:7 ; 9:10).
Je hais l'orgueil et l'arrogance, la voie du mal et la bouche perverse. Voilà le détail des maux dont la Sagesse, c'est-à-dire le Christ, déclare qu'ils lui font horreur. L'« orgueil » se manifeste chez les hommes quand ils ont d'eux-mêmes une trop haute idée, quand ils parlent trop bien d'eux-mêmes, quand ils méprisent les autres, quand ils dressent leur propre justice et s'y fient pour être sauvés, et quand ils vantent la pureté et la force de la nature humaine. Tout cela est bien contraire à l'esprit du Jésus doux et humble, et lui est nécessairement odieux. L'« arrogance » diffère peu de l'orgueil, et les deux mots hébreux sont d'ailleurs très proches : c'est s'attribuer ce qui ne nous appartient pas, que ce soit dans l'ordre naturel, civil ou spirituel. Quand les hommes attribuent leur justification et leur salut à leurs propres œuvres, c'est de l'arrogance, et cela doit être odieux au Christ, qui s'est donné tant de peine et a payé si cher pour apporter une justice éternelle et accomplir le salut des hommes. C'est le comble de l'arrogance de s'imaginer qu'on a le pouvoir de se régénérer, de se renouveler et de se convertir soi-même, et de dire, comme l'arminien plein de morgue Grevinchovius, qu'on s'est distingué soi-même des autres : voilà qui doit être odieux au Christ, dont seuls l'Esprit et la grâce opèrent cela. Et c'est encore de l'arrogance quand les hommes attribuent à leur propre force toutes les bonnes œuvres qu'ils accomplissent, alors que sans le Christ ils ne peuvent rien faire ; cela ne peut que lui déplaire. « La voie du mal », comme le remarque Aben Ezra, est une habitude et une conduite de péché ; la voie que l'homme se choisit et où il se complaît, et qui mène à la perdition. Et « la bouche perverse » est celle qui dit des choses tordues : des choses contraires à son propre cœur, contraires à la vérité, à la règle de la Parole divine, à l'Évangile, au Christ et à son peuple, et à tous les hommes ; ce qui ne peut qu'être odieux et abominable à celui qui est la vérité même.