Moi, la Sagesse, j'habite avec la prudence. Ici, la Sagesse commence à parler en son propre nom, et continue ainsi jusqu'à la fin du chapitre ; ou plutôt, le Christ se décrit lui-même, il trace et dessine son propre portrait - et c'est un portrait magnifique. Dans cette première phrase, le Christ est décrit par la demeure qu'il habite : « Moi, la Sagesse, j'habite la prudence » - on peut traduire ainsi ; c'est-à-dire : voilà la maison où je loge. Ou bien par la compagne avec qui il vit : « avec la prudence », c'est-à-dire : voilà ma compagne, celle dont je suis familier. L'expression, prise dans les deux sens, montre que le Christ possède la prudence très largement, et même pleinement : comme un homme qui habite une maison en est le propriétaire et l'occupant, ainsi la prudence appartient au Christ ; elle est à lui, il en jouit ; il habite dans la prudence, et la prudence habite en lui ; tous les trésors de la sagesse et de la connaissance sont en lui, et l'Esprit de sagesse repose sur lui. Cela montre aussi que la prudence lui est naturelle, et non pas venue d'ailleurs : elle ne lui vient pas de l'extérieur, et il ne va pas la chercher au-dehors ; lui et la prudence sont pour ainsi dire nés et élevés ensemble sous le même toit. Cela montre encore qu'il y a entre eux intimité et familiarité : la prudence est toujours auprès du Christ, à portée de main, prête à être mise en œuvre - comme ce fut le cas lorsqu'il était sur la terre. Il « agit avec prudence », comme il avait été prophétisé (Ésaïe 52:13) : cela s'est vu dans sa discussion avec les docteurs dans le temple, à douze ans ; dans ses réponses avisées aux questions pièges de ses ennemis ; et tout au long de son ministère, tant par la manière que par le contenu - et tout particulièrement au moment de son arrestation, de sa comparution, de son procès et de sa crucifixion. Ou bien, par « prudence » on peut entendre les gens prudents, ceux qui possèdent cette qualité ; c'est avec eux que la Sagesse, ou le Christ, habite. Non pas avec les sages et les habiles de ce monde, ni avec ceux qui se croient tels ; mais avec ceux qui ont conscience de leur folie, que le sentiment du péché a rendus humbles, et qui ont été rendus sages pour le salut ; ceux qui croient au Christ - ce qui est le comble de la prudence - et qui marchent avec précaution, non pas en insensés mais en sages : ceux-là ont la présence et la compagnie du Christ.
Et je trouve la science des idées ingénieuses. Le mot hébreu est parfois pris en mauvaise part et rendu par « mauvais desseins » (Proverbes 12:2 ; Psaume 37:7) ; on peut le prendre ainsi ici. Le Christ, qui est le Dieu qui sait tout, connaît tout ce qu'il y a dans le cœur des hommes : toutes leurs pensées, leurs plans et leurs manigances ; il les a découverts, il les a flairés quand il était ici-bas. Il connaissait les pensées secrètes et le mal caché dans le cœur des hommes ; il savait tous les desseins hypocrites des pharisiens quand ils le tentaient par leurs questions pièges ; il était au courant de tous les moyens qu'ils imaginaient pour le faire mourir avant l'heure, et il leur a échappé ; il a découvert le plan sordide de Judas pour le trahir, et il l'a dit à celui-ci et aux autres avant qu'il ne soit exécuté ; il connaissait toutes les manœuvres de Satan contre lui, lorsqu'il le tentait au désert et lorsqu'il mettait au cœur de Judas de le livrer ; il connaît toutes ses ruses et ses stratagèmes pour égarer son peuple, et il les lui fait connaître, si bien que les siens n'ignorent pas ses manœuvres. On peut aussi prendre le mot en bonne part, et l'entendre des pensées, des desseins et des projets du cœur de Dieu, comme en Jérémie 23:20 ; 51:11, et en particulier de ce qui touche à la rédemption et au salut de l'homme. Car voilà bien une « invention » de Dieu : le péché est une invention de l'homme, par laquelle il est tombé ; mais le relèvement de l'homme est une invention de Dieu. C'est lui qui a trouvé les personnes à sauver, dans ses décrets éternels ; c'est lui qui a trouvé celui qui devait en être le Sauveur, dans son conseil et son alliance, et qui l'a désigné pour cette œuvre ; c'est lui enfin qui a trouvé le moyen de sauver les hommes par lui, à savoir par la rançon et le sacrifice qu'il ferait de lui-même. Et c'est là une invention « ingénieuse », dans laquelle Dieu a répandu toute sagesse et toute intelligence : cela se voit au choix d'une personne si parfaitement qualifiée pour être le Sauveur - son propre Fils ; à la manière dont l'affaire a été menée, si bien accordée à toutes ses perfections, à la satisfaction de sa justice et à l'honneur de sa loi ; et enfin dans le choix de ceux qui y ont part, et dans la manière dont ils y ont part, qui glorifie souverainement les richesses de sa grâce. Or, ce plan, le Christ le connaît à fond, lui qui est dans le sein de son Père comme un enfant élevé auprès de lui, lui qui était l'Ange du grand conseil et présent quand le projet fut formé. Et de plus, il l'a trouvé à ses dépens, au prix de son sang précieux : il a ainsi « obtenu », ou « trouvé », une rédemption, selon l'expression d'Hébreux 9:12 ; et l'ayant trouvée, ainsi que sa connaissance, il la fait connaître aux autres par son Esprit, sa Parole et ses serviteurs. De même, ces « idées ingénieuses » peuvent s'entendre de tout l'Évangile et de ses doctrines : l'Évangile est une « invention », non pas des hommes, mais de Dieu ; ce n'est pas un plan imaginé par les hommes, mais par Dieu ; il ne s'apprend pas des hommes seulement, mais de Dieu ; et c'est une invention « ingénieuse », c'est la sagesse de Dieu, la sagesse infiniment variée de Dieu, même si les hommes la tiennent pour folie. Le Christ en a « trouvé la science » : il en a la connaissance pleine et parfaite, elle est cachée en lui ; elle est venue et a été prêchée par lui comme jamais auparavant ni depuis ; et il en a communiqué, et continue d'en communiquer, la connaissance. Heureux ceux qui connaissent ce son de fête !