Ce n'est pas aux rois, Lemuel : cela ne leur convient pas, c'est indigne d'eux, c'est déshonorant pour un homme comme Lemuel - ou comme il était en passe de devenir. Ou bien : loin des rois une telle chose ! qu'elle ne se fasse ni chez eux ni chez toi.
Ce n'est pas aux rois de boire du vin, ni aux princes de rechercher les boissons fortes. Un roi peut légitimement boire du vin avec modération, et les princes, les conseillers et les juges peuvent prendre des boissons fortes - non pas la bière, inconnue à l'époque, mais des boissons faites de miel, de dattes, de grenades et d'autres fruits. Mais qu'ils en boivent jusqu'à l'excès, voilà qui ne leur va pas du tout. C'est déjà honteux pour n'importe qui de boire sans mesure et de se rendre semblable à une bête ; à plus forte raison pour un roi ou pour un juge, qui doivent plus que tout autre rester graves et sobres, tant pour bien remplir leur charge que pour en maintenir le prestige - faute de quoi elle devient inutile, méprisable, et même dangereuse, comme la suite le montre. Malgré ce conseil, Salomon s'est adonné au vin autant qu'aux femmes (Ecclésiaste 2:3).
Le Targum porte :
« prends garde aux rois, Lemuel, aux rois qui boivent du vin, et aux princes qui boivent des boissons fortes. »
Et de même la version syriaque : ne les fréquente pas et ne suis pas leur exemple (voir Ecclésiaste 10:17 ; Osée 7:5). On peut aussi traduire la fin : « ni aux princes de dire : où est la boisson forte ? » - où en trouver, où est la meilleure ? comme font les ivrognes ; c'est la lecture marginale. Mais le texte écrit porte « ou » ; et certains en font un nom : « le désir de boissons fortes » - il ne convient pas aux princes d'en être avides.