Paroles du roi Lemuel : non pas ce qu'il a dit lui-même, mais ce qu'on lui a dit ; le texte rapporte les propos de sa mère, comme la suite le montre. On ne trouve nulle part ailleurs de roi portant ce nom.
Grotius pense qu'il s'agit du roi Ézéchias, dont la mère, Abija, fille de Zacharie, aurait été formée par un père réputé sage et aurait ensuite instruit son fils de cette manière. Mais il n'avance pour toute raison que la place de ce chapitre, juste après le recueil fait par les gens d'Ézéchias - alors que ces proverbes-là sont expressément attribués à Salomon, et que ce sont les paroles d'Agur qui les suivent immédiatement. Sans compter qu'on ne voit nulle part Ézéchias s'adonner aux vices reprochés ici à ce prince.
L'hypothèse de l'évêque Patrick est bien plus vraisemblable : Lemuel aurait été un prince étranger, peut-être de Chaldée, puisque sa mère emploie trois fois un mot chaldéen dans son discours, et un autre mot avec une terminaison chaldéenne ; et il suppose que sa mère était une femme juive qui a transmis à son fils les leçons qu'on lit ici.
Mais l'avis général des auteurs juifs et chrétiens est qu'il s'agit de Salomon lui-même. Le nom de Lemuel serait alors soit une déformation de son nom, un petit nom affectueux que sa mère Bath-Chéba lui donnait quand il était enfant et qu'il a tenu à écrire exactement comme elle le prononçait - les mères font souvent de ces noms tronqués à leurs enfants, par tendresse ; soit un autre de ses noms, car il en portait manifestement plusieurs. Le mot signifie « à Dieu », c'est-à-dire quelqu'un qui lui est consacré, comme Salomon l'a été par ses parents et par lui-même ; ou quelqu'un qui appartient à Dieu, ce que Salomon était. Il était aimé de Dieu, d'où le nom de Yedidia qu'il reçut (2 Samuel 12:24,25) ; Dieu était pour lui un père et lui un fils ; et c'est Dieu qui l'avait choisi pour succéder à David sur le trône (2 Samuel 7:13 ; 1 Chroniques 28:5). Hiller donne au mot le sens de « en face de Dieu », ou « devant la face du Premier », et y voit une figure de « l'ange de la face », c'est-à-dire de la présence de Dieu (Ésaïe 63:9).
Sentences que lui enseigna sa mère : soit dans sa jeunesse, soit une fois monté sur le trône, car elle avait accès à lui et lui parlait librement ; en particulier au moment où elle le voyait pencher vers les fautes dont elle le met en garde, ou déjà s'y engager.
Si son enseignement est appelé « prophétie », c'est parce qu'elle le donne en prévoyant les tentations et les chutes possibles de son fils - prévision due soit à sa finesse naturelle, soit à un esprit de prophétie. Ou plutôt parce qu'on appelait ainsi toute parole de sagesse, toute leçon importante, surtout si elle venait d'une inspiration divine (voir Proverbes 30:1). De même que Salomon nous rapporte ce que son père David lui a enseigné, il nous rapporte ici ce que sa mère Bath-Chéba lui a appris. Il aurait mieux fait de suivre les conseils qu'elle lui donnait et qu'il a lui-même donnés à son fils (voir Proverbes 4:3,4 ; 1:8).