De peur que je ne sois rassasié, et que je ne te renie : c'est la conséquence dangereuse des richesses et la tentation à laquelle elles exposent les hommes ; lesquels, étant pleins des choses de ce monde, sont tentés de renier le Seigneur ; non directement son être et ses perfections, mais surtout sa providence ; de nier que ce qu'ils ont, ils l'ont reçu de lui, et de l'attribuer à leurs propres soins, à leur diligence et à leur industrie ; et ils pensent alors pouvoir vivre sans lui, sans aucune dépendance de sa providence, ayant une large abondance des choses de la vie. Oui, on peut dire qu'ils le renient quand ils oublient les bontés de sa providence, ne lui en sont pas reconnaissants, se flattent qu'elles continueront, sans aucun égard pour lui, comme s'il n'avait aucune part aux affaires de la vie (voir Deutéronome 32:15) ;
et ne dise : Qui est l'Éternel ? comme fit Pharaon (Exode 5:2) ; je ne lui dois rien ; je peux vivre sans lui, j'ai assez du mien ;
et de peur que je ne sois appauvri, et que je ne dérobe, et que je ne parjure le nom de mon Dieu ; c'est le piège qui accompagne la pauvreté ; les hommes, faute de nourriture et de vêtement, sont tentés de voler leur prochain, ce qui est un péché contre la loi de Dieu, le huitième commandement ; puis, pour couvrir le vol, quand on leur défère le serment pour les purger de l'accusation et du soupçon, ils le prêtent et se rendent ainsi coupables de faux serment, prenant le nom de Dieu non seulement en vain, mais faussement, et deviennent ainsi coupables de la transgression du troisième commandement. Agur, homme de bien, désire ne pas être exposé aux tentations de tels maux, surtout de ceux qui touchent de si près l'honneur et la gloire de Dieu.