Si tu as agi follement en t'élevant : contre un roi contre qui personne ne peut se lever ; en parlant mal de lui ou en te rebellant contre lui ; ce qui est agir en insensé, puisque cela jette un homme dans des troubles et des difficultés inextricables ; ou en te louant toi-même, ce qui est le comble de la folie et le fruit de l'orgueil ; ou en te conduisant envers les autres d'une manière si hautaine et si arrogante que tu les as provoqués au courroux et à la colère ;
et si tu as pensé à mal ; si tu l'as projeté et médité, et combiné le plan pour le faire, sans l'avoir encore mis à exécution ; bien que la folie ne soit pas encore commise, puisque la pensée en est vaine, il faut prendre soin de la prévenir ;
mets la main sur ta bouche ; réfléchis encore avant que la chose résolue ne soit faite ; comme les hommes studieux et réfléchis portent la main à leur bouche quand ils examinent à fond quelque affaire qui est devant eux ; ou mets un terme au dessein, qu'il n'aille pas plus loin ; ce qui a été pensé dans l'esprit, qu'il ne sorte jamais de la bouche, ni ne soit mis à exécution ; étouffe-le dans son premier mouvement. Ou si cela se rapporte à une action insensée déjà faite, comme il se peut aussi, puisque cela se rattache aux deux membres, alors le sens est : tais-toi ; ne prétends pas nier l'action, ni l'excuser ; ne dis pas un mot pour sa défense ; n'en rejette pas la faute sur les autres ; et bien moins encore ne calomnie pas et n'injurie pas ceux qui t'en reprennent fidèlement ; prends sur toi la honte en silence, et repens-toi de l'iniquité commise. Aben Ezra pense que ces paroles sont adressées à Ithiel et à Ucal ; mais elles le sont plutôt à tous et à chacun, à tous ceux qui entendront et liront ces proverbes. Le Targum porte : « ne t'élève pas, de peur que tu ne sois insensé ; et n'étends pas ta main vers ta bouche ».