Comme la porte tourne sur ses gonds - et va de-ci de-là, s'ouvre et se ferme, et pourtant reste où elle est, sans bouger de sa place -
ainsi le paresseux dans son lit : il se retourne d'un côté sur l'autre, mais reste au lit et n'en sort pas pour aller à ses affaires. Aben Ezra mentionne une autre lecture et un autre sens : « la porte tourne sur ses gonds » et s'ouvre pour laisser sortir les gens, l'un après l'autre, vers leur travail ; « mais le paresseux, lui, reste au lit » : quoique les uns et les autres se lèvent et s'en aillent à leurs affaires, et qu'il entende la porte s'ouvrir maintes et maintes fois, il ne bouge pas et garde le lit. Ainsi les pécheurs profanes restent couchés sur le lit de leurs convoitises et de leurs plaisirs charnels, se complaisant dans la débauche et le dérèglement, et ne veulent pas s'en lever pour marcher honnêtement, comme en plein jour ; et si leur conscience les pique parfois et s'ils sont un peu ébranlés par les reproches de leurs proches ou par les jugements de Dieu, cela passe vite : ils se retournent et se rendorment. Il leur vient parfois quelques mouvements, quelques pensées et quelques résolutions de changer, quelque velléité de bonnes œuvres ; mais hélas, leur paresse est si grande et les habitudes du péché si fortes qu'ils ne peuvent les rompre, secouer leur torpeur et sortir de là : ils restent où ils étaient. Et il en va de même des chrétiens charnels, qui se reposent dans leurs propres œuvres et dans une routine de devoirs, et qui, après dix, vingt ou trente ans de profession, en sont exactement au même point, sans avoir gagné ni en connaissance, ni en discernement, ni en expérience spirituels.