Le nom du Seigneur est une tour forte. Par « le nom du Seigneur », on peut entendre soit ses attributs et ses perfections, par lesquels il se fait connaître, et qui sont la force et la sûreté des siens : sa bonté, sa grâce et sa miséricorde sont leur défense ; sa faveur les entoure comme un bouclier ; sa justice les protège de toute injure et de tout outrage ; sa vérité et sa fidélité les préservent ; ils sont gardés par sa puissance comme dans une place forte ; et son immutabilité fait qu'ils ne périssent pas. Soit le Seigneur lui-même, son nom étant mis pour sa personne (Psaume 20:1), ce qu'on peut fort bien entendre du Messie, comme le faisaient les anciens Juifs : c'est en lui et par lui que Dieu se fait connaître aux hommes comme le Dieu de grâce ; c'est en lui qu'il proclame son nom, Dieu de bonté et de miséricorde ; c'est en lui qu'est son nom, lui qui a la même nature et les mêmes perfections que lui ; son nom est Jéhovah notre justice, Emmanuel Dieu avec nous, le Dieu puissant et le Prince de la paix ; et il est appelé Jésus, parce qu'il sauve son peuple de ses péchés, et il est donc leur sûreté contre la ruine éternelle. Ce qu'est une tour forte pour ceux qui sont dedans, contre l'ennemi qui est dehors, la puissance, la force et la vertu du Christ le sont pour les siens : comme personne divine, il est fort et puissant, tout-puissant ; comme homme, il est l'homme de la droite de Dieu, rendu fort pour lui et pour nous ; comme Médiateur, il a tout pouvoir dans le ciel et sur la terre ; en lui est pour les siens une force éternelle ; il est leur ville de refuge, où fuir en toute occasion ; il est la forteresse vers laquelle les prisonniers pleins d'espérance sont invités à se tourner ; il est leur place de défense et leur rocher fortifié ; une tour forte, imprenable : si profondément fondée qu'aucun ennemi ne peut creuser dessous ni y placer une mine pour la faire sauter ; si haute qu'aucune échelle ne l'atteint ; si fortifiée qu'aucun boulet ne peut percer ses murs ni ses remparts, qui sont son salut ; les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ; elle ne peut être emportée d'assaut ni par la plus violente attaque de tous les hommes et de tous les démons ensemble.
Le juste s'y réfugie en courant : non pas les hommes qui se croient justes, car ceux-là fuient loin du Christ et de sa justice, au lieu d'y courir ; mais ceux qui voient que leur propre justice ne les justifiera pas ; qui sont pécheurs, qui le savent et le reconnaissent ; qui vont au Christ en pécheurs, et qu'il reçoit comme tels ; et qui sont rendus justes par la justice du Christ qui leur est imputée, et qui vivent avec sobriété, justice et piété. Et c'est l'occupation constante de leur foi de recourir au Christ en toute occasion : ils viennent sans cesse à lui et exercent sans cesse leur foi en lui comme en celui qui est le Seigneur leur justice - ce que signifie « courir ». Cela suppose qu'on connaît la tour forte, la ville de refuge ; qu'on connaît le chemin qui y mène et l'accueil qu'on peut y attendre ; cela suppose un principe de vie spirituelle et quelque force spirituelle ; le sentiment du danger ou de sa propre indigence et de la sûreté et de la plénitude qui sont en Christ ; et cela exprime la hâte, la promptitude et l'empressement, qui viennent de l'attrait de la grâce efficace. Et celui qui court ainsi
y est en sûreté : à l'abri de la justice vengeresse de Dieu ; de la malédiction et de la condamnation de la loi ; du péché et de toutes ses suites effroyables ; de Satan et de tous ses ennemis spirituels ; de la colère à venir, de l'enfer et de la seconde mort. Ou bien : il est « placé en haut » ; car cette tour, qui est forte, est aussi haute : c'est un rocher de refuge plus haut que les hommes, plus haut que les anges, plus haut que le ciel même ; et ceux qui y sont sont hors d'atteinte de tout danger et de tout ennemi.