Mieux vaut un plat d'herbes là où il y a de l'amour. C'est ce que Plaute appelle « un souper âpre et terreux », fait de ce qui pousse dans la terre ; qu'on obtient sans grands frais ni grands soins et qu'on prépare sans peine ; un repas de voyageur, selon le sens du mot, et bien maigre pour voyager, mais qui s'obtient aisément, se prépare aussitôt et ne coûte pas cher. Or, s'il y a de l'amour et de la bonté chez celui qui prépare ce repas, ou dans la maison où l'on y prend part faute de mieux, ou entre les convives invités qui mangent ensemble amicalement, ou chez celui qui reçoit, s'il les accueille de bon cœur et leur souhaite cordialement la bienvenue - un tel repas, dans de telles conditions, vaut mieux
qu'un bœuf gras avec la haine : qu'un bœuf engraissé à l'étable ; car chez les anciens un tel animal faisait le principal d'un grand festin - d'où l'allusion de Matthieu 22:4 et de Luc 15:23. Au temps d'Homère, le bœuf était fort prisé dans les banquets : aux festins de ses héros, Agamemnon, Ménélas et Ajax, un bœuf faisait l'essentiel, sinon le tout ; le dos d'un bœuf gras, ou un aloyau, était le plat de choix. Il est vrai qu'à certaines époques, chez les Grecs comme chez les Romains, on s'abstenait du bœuf par un respect superstitieux, parce qu'il était si utile au labourage ; et l'on est allé jusqu'à tenir qu'il était aussi criminel de tuer un bœuf que de tuer un homme ; Aratus prétend même qu'on ne le faisait ni à l'âge d'or ni à l'âge d'argent, et que ce n'est qu'à l'âge d'airain que les hommes commencèrent à tuer et à manger des bœufs - ce que réfutent les lois de Dieu (Genèse 9:3 ; Deutéronome 14:4) et les exemples d'Abraham et d'autres. Or, s'il y a de la haine, soit chez l'hôte, soit entre les convives, soit dans une maison, elle ne peut que susciter querelles et disputes et rendre tous les plaisirs amers et désagréables (voir Proverbes 17:1 ; Ecclésiaste 4:6).
Et là où se trouve l'amour de Dieu, qui vaut mieux que la vie et que ses meilleures jouissances, qui adoucit toute grâce et qu'on ne peut acheter à prix d'argent ; qui assure les meilleurs biens, les richesses de la grâce et de la gloire, et qui ne peut jamais se perdre - là, le plus modeste repas est préférable aux banquets les plus riches et les plus coûteux des méchants, que le Seigneur hait et abhorre à cause de leur oppression et de leur injustice, de leur luxe ou de leur avarice. Car les pauvres peuvent être aimés de Dieu, et les riches lui être en horreur (Psaume 10:4 ; Luc 15:19-23).