Tel fait le riche et n'a rien. Certains font grand étalage de richesse et voudraient passer pour riches : ils s'habillent luxueusement, mènent grand train, se montrent en grand apparat, et n'ont pas un sou vaillant ; ce qu'ils font pour satisfaire leur orgueil et leur ambition, et pour amener les autres à leur confier leurs biens. Ainsi en va-t-il dans l'ordre spirituel : certains, comme les hypocrites, voudraient passer pour riches en grâce et posséder toutes les grâces de l'Esprit, la foi, l'espérance et l'amour, alors qu'ils n'ont rien d'une grâce véritable, mais seulement sa contrefaçon ; la racine de la chose n'est pas en eux ; aucun principe de vie et de grâce, seulement un nom de vivant ; rien de la puissance, seulement la forme de la piété ; aucune huile de grâce dans les vases de leur cœur, seulement la lampe d'une profession extérieure. D'autres, comme les pharisiens, voudraient passer pour riches en bonnes œuvres, alors qu'il n'y a rien de bon en eux et qu'ils ne font rien de spirituellement bon : ou bien ce qu'ils font n'est pas conforme à la volonté révélée de Dieu - comme beaucoup de choses que faisaient jadis les pharisiens et que font aujourd'hui les papistes -, ou bien cela ne procède pas de l'amour, ni ne se fait dans la foi, ni au nom et par la force du Christ, ni pour la gloire de Dieu par lui. D'autres, les mêmes, voudraient passer pour riches en justice, alors qu'ils n'en ont aucune de véritable : ni la justice de la loi, qui exige une obéissance parfaite ; ni la justice de la foi, qui est celle d'un autre - car la justice de Dieu est imputée et se passe des œuvres des hommes ; ils n'ont aucune justice qui puisse les justifier, les sauver ou les conduire au ciel. D'autres, comme les arminiens, voudraient passer pour riches en force spirituelle et en pouvoir de leur libre arbitre, alors qu'ils n'ont ni la volonté ni le pouvoir de faire quoi que ce soit de spirituellement bon : ni de se régénérer et de se convertir eux-mêmes, ni de venir au Christ, ni d'accomplir aucune bonne œuvre. D'autres, comme les partisans de la perfection, voudraient passer pour si riches qu'ils seraient exempts de péché et parfaits en grâce, alors qu'ils n'en ont aucune - comme le dit l'apôtre (1 Jean 1:8) ; leur portrait est tracé en Éphraïm, et c'est son langage qu'ils tiennent (Osée 12:8). L'Église apostate de Rome voudrait passer pour riche des mérites des saints et des œuvres surérogatoires, alors qu'elle n'a aucun mérite, et qu'il n'est même pas possible à une créature de mériter quoi que ce soit auprès de Dieu ; à comparer avec tout cela Apocalypse 3:17.
Tel fait le pauvre et a de grandes richesses. Il y a en effet des gens qui, à l'inverse, se rabaissent beaucoup et vivent très modestement, comme s'ils étaient pauvres : soit par avarice, soit pour ne pas s'attirer l'envie de leurs voisins, ou pour ne pas inciter leurs amis à leur emprunter, ou pour ne pas tenter les voleurs, ou pour quelque autre mobile mesquin. Le pape de Rome affecte parfois la pauvreté, quoique en d'autres occasions et à d'autres égards il veuille passer pour riche : lors de la procession du Latran, le pape nouvellement élu jette au peuple quelques pièces de cuivre en disant, comme Pierre dont il prétend être le successeur : « Je n'ai ni argent ni or » (Actes 3:6) - et pourtant il entre en possession de grandes richesses. On peut aussi appliquer ces mots au spirituel, en bonne part : certains ont conscience de leur pauvreté spirituelle et l'avouent ; ils expriment franchement ce qu'ils sentent de leur néant et de leur indignité ; ils déclarent n'avoir rien et ne pouvoir rien ; ils renoncent à toutes leurs œuvres dans l'affaire du salut et l'attribuent tout entier à la grâce de Dieu ; ils ont d'eux-mêmes des pensées très humbles et parlent d'eux très bas, comme du dernier des saints et du premier des pécheurs. Certains même vont trop loin dans l'expression de cette pauvreté et refusent de croire qu'ils possèdent les vraies richesses de la grâce, ou du moins de le reconnaître, s'abandonnant à leurs doutes et à leurs craintes alors qu'ils possèdent beaucoup - et certains pensent que ces mots leur conviennent. Quoi qu'il en soit, ils s'appliquent aux « pauvres en esprit » (Matthieu 5:3) tels qu'on vient de les décrire, qui pourtant ont « de grandes richesses » : les richesses de la grâce qui justifie, les richesses de la justice du Christ ; les richesses de la grâce qui pardonne, et largement, puisqu'il leur est beaucoup pardonné ; les richesses de la grâce qui sanctifie, la foi, plus précieuse que l'or périssable, et toutes les autres grâces ; les richesses de la connaissance spirituelle, préférables à l'or et à l'argent. Ils ont le Christ, et avec lui toutes choses ; ils ont Dieu pour part et pour immense récompense ; ils ont un grand domaine, un héritage incorruptible, dans le ciel ; ils y ont un bien meilleur et plus durable ; « le royaume des cieux est à eux » (Matthieu 5:3), il leur est préparé et il leur est donné ; à comparer avec 2 Corinthiens 6:10.