Le juste vaut mieux que son prochain. Non pas mieux qu'un prochain lui aussi juste ; car même si l'un peut avoir de plus grands dons qu'un autre, ou une plus grande mesure de grâce, si un juste peut avoir plus de foi qu'un autre, aucun n'a plus de justice qu'un autre : tout homme vraiment juste est justifié par la même justice, celle du Christ ; en tant que juste, nul ne peut donc valoir plus qu'un autre. Mais le juste vaut mieux que son prochain impie et injuste, ou du moins qui n'a d'autre justice que la sienne propre. Ce prochain aurait beau être de plus haute naissance et porter le titre d'« excellence » ; il aurait beau avoir plus de biens et plus d'argent ; il aurait beau avoir plus de savoir et d'intelligence naturels, un esprit plus brillant et des capacités plus grandes : le juste, parce qu'il est juste, vaut mieux que lui. Sa supériorité tient à sa justice, dont il tire son nom : la justice du Christ, qui lui est imputée, vaut infiniment mieux que la meilleure justice de son prochain ; elle est la justice de Dieu, l'autre est celle d'une créature ; elle est parfaite, l'autre imparfaite ; elle est éclatante et glorieuse, l'autre n'est que haillons souillés ; elle a une portée immense, puisque toute la descendance d'Israël en est justifiée, alors que par l'autre pas un seul individu ne peut l'être ; elle est éternelle et répondra pour lui au temps voulu, tandis que l'autre est comme la nuée du matin et la rosée qui se dissipe. Bien plus : la justice inhérente de l'homme juste, c'est-à-dire la grâce du Christ communiquée et implantée en lui, ce principe de sainteté qui est en lui, vaut infiniment mieux que la justice de son prochain pharisien ; car c'est là une sainteté véritable et réelle, la vérité au fond du cœur, tandis que l'autre n'est qu'une ombre de sainteté, une forme de piété sans la puissance ; celle-ci a l'Esprit de Dieu pour auteur, elle est son ouvrage et un chef-d'œuvre, tandis que l'autre n'est qu'un produit de la nature ; celle-ci rend un homme tout glorieux au-dedans et le rend apte au ciel, tandis que l'autre laisse l'homme intérieurement plein de toute iniquité, sans droit ni aptitude à la gloire éternelle. Et même les œuvres extérieures de justice accomplies par un homme vraiment juste sont préférables à celles de son prochain dépourvu de la grâce de Dieu : les unes sont une obéissance suivie à la volonté de Dieu et un respect de tous ses commandements ; les autres ne consistent qu'en une sainteté négative et en l'observation de quelques rites religieux ; les unes viennent d'un cœur purifié par le sang du Christ et par la grâce de l'Esprit, et procèdent de principes de grâce et d'amour, et sont faites pour la gloire de Dieu ; les autres ne viennent pas d'un cœur pur ni d'une foi sincère, et ne sont pas faites d'un cœur droit en vue de la gloire de Dieu, mais seulement pour être vues des hommes et gagner leur estime. Voilà en quoi le juste, comme tel, vaut mieux que son prochain, qui, au mieux, n'est juste qu'extérieurement et moralement. Sa supériorité ne tient pas à sa nature, où ils sont pareils ; ni aux circonstances extérieures, qui peuvent varier ; ni à l'opinion des hommes, aux yeux de qui les saints sont le rebut de tout ; mais à l'estime du Christ, et à sa grâce et à sa justice (voir Psaume 16:3). Certains traduisent : « le juste explore sa voie mieux que son prochain » : il cherche et trouve une meilleure route que lui, et il veille à ne pas se laisser égarer et perdre.
Mais la voie des méchants les égare ; ou : les fait errer. Elle les trompe en promettant des honneurs, des plaisirs et des profits auxquels elle ne mène pas et qu'elle ne donne pas, et qu'ils n'y trouvent pas ; et par là ils sont amenés à s'écarter de la voie des justes, par laquelle ceux-ci acquièrent sur eux cette supériorité.