Ce que redoute le méchant, c'est cela qui lui arrive : ce qu'il craint dans son for intérieur finit tôt ou tard par lui arriver - sa crainte des malheurs, des calamités et des châtiments dans cette vie, et de la colère et de la vengeance éternelles dans l'autre. Car les pires débauchés, les plus grands athées, ceux-là mêmes qui s'efforcent d'en venir à ne plus croire à Dieu ni à la vie future, connaissent par moments des frayeurs et des angoisses à ce sujet ; et telle est leur crainte de Dieu, telle sera sa colère (Psaume 90:11). Jarchi illustre cela par les bâtisseurs de Babel, qui craignaient d'être dispersés sur toute la surface de la terre, et à qui cela même arriva par le fait et à cause de la tour qu'ils bâtissaient. Il arrive en effet que ce que les hommes redoutent leur advienne justement par les moyens qu'ils prennent pour l'éviter : ainsi les Juifs craignaient que, si leur peuple croyait en Jésus de Nazareth, les Romains ne viennent s'emparer de leur ville et de leur nation ; c'est pourquoi ils s'efforcèrent de persuader le peuple de le rejeter - et c'est pour ce rejet même que leur arriva ce qu'ils redoutaient.
Mais le désir des justes sera accordé ; ou : « il donnera », c'est-à-dire Dieu, qui a le pouvoir de l'accorder, selon la note de Jarchi. Ce que le juste désire à partir de bons principes et dans de bonnes intentions ; ce qui est pour son propre bien et pour la gloire de Dieu ; ce qu'il demande avec foi, avec soumission à la volonté divine et conformément à elle, lui est accordé tôt ou tard, au temps et de la manière que Dieu choisit. En particulier ses désirs de justice : celui d'être trouvé, à la vie comme à la mort, uniquement dans la justice du Christ ; celui d'avoir un cœur et une vie saints, d'être purifié du péché et gardé jusqu'à la venue du Christ ; celui d'avoir plus de grâce, de la voir croître et d'en recevoir sans cesse du Christ ; celui d'avoir plus de communion avec Dieu et le Christ, et de leur ressembler davantage ; celui enfin de la gloire et du bonheur, et d'être avec eux pour l'éternité. Certains entendent cela du désir que le juste forme au sujet du méchant : que ce que celui-ci redoute lui arrive, et que la justice divine se manifeste dans sa ruine soudaine, comme au verset 25 ; ainsi Aben Ezra.