Les trésors de la méchanceté ne profitent pas. Il faut entendre par là soit une grande abondance de richesses en général, qui sont le plus souvent aux mains des méchants et détournées à de mauvaises fins (Proverbes 11:4) ; soit une fortune acquise par des voies coupables, par la fraude, l'oppression et autres moyens semblables (voir Michée 6:10). Ou bien on n'en fait aucun usage, ou bien on en fait un mauvais usage : celles dont on ne se sert pas ne profitent pas à leur possesseur, car elles sont « conservées pour son malheur » ; et celles qui sont acquises ou employées malhonnêtement « périssent par quelque mauvaise affaire » (Ecclésiaste 5:13,14). Nul ne peut, par ses richesses, se racheter lui-même ni racheter son frère de la mort, ni donner à Dieu sa rançon ; nul ne peut par elles s'épargner la mort du corps, ne serait-ce qu'un an, un mois, un jour, une heure, un instant ; et elles ne lui serviront de rien au jour du jugement, quand la colère fondra sur lui.
Mais la justice délivre de la mort. Ou bien ce qui est acquis honnêtement, si peu que ce soit, sert à conserver la vie et préserve les âmes de la famine (Proverbes 10:3) ; ou bien il s'agit de ce qu'on distribue généreusement, car l'aumône est appelée « justice » (Psaume 112:9 ; Daniel 4:27 ; Matthieu 6:1 ; 2 Corinthiens 9:10). Ces aumônes sauvent souvent la vie de gens sur le point de périr, à qui on les fait, et qui risqueront ensuite leur propre vie pour sauver leurs bienfaiteurs ; et de telles personnes généreuses sont souvent bénies d'une longue vie et gardées en vie quand la mort les menace (Psaume 41:1-3) ; et bien que leurs bonnes œuvres ne méritent pas la vie éternelle, elles en sont récompensées par pure grâce (Matthieu 25:34-38). On peut en outre distinguer une justice légale et une justice évangélique. La justice légale, celle des hommes obéissant à la loi, ne peut délivrer de la sentence de mort portée par la loi ; ce n'est pas à proprement parler une justice : elle est imparfaite, elle ne peut ni justifier, ni sauver, ni conduire au ciel, ni donner droit à la vie ; et malgré elle, l'homme doit mourir. Mais il y a une justice évangélique. Ou bien elle est communiquée et implantée dans l'homme, et c'est l'homme nouveau, créé dans la justice et la sainteté : celle-là délivre de la mort morale ou spirituelle, de cette mort dans les fautes et les péchés où les hommes se trouvent ; car par elle ils sont rendus vivants, ils vivent d'une vie de foi au Christ, ils ont communion avec Dieu, ils portent son image, ils vivent pour lui, pour le Christ et pour la justice, affranchis de la servitude et de la domination du péché - vivre dans le péché n'étant rien d'autre que la mort. Ou bien cette justice est imputée : c'est la justice du Christ, accomplie pour eux, portée à leur compte, reçue par eux, et par laquelle ils sont justifiés ; celle-là les délivre, sinon de la mort du corps, du moins de son aiguillon et de sa malédiction, et de la mort en tant que châtiment du péché ; elle les délivre aussi de la mort légale, c'est-à-dire de la sentence et de la condamnation de la loi, et de la seconde mort, la mort éternelle, et leur donne droit à la vie éternelle.