Le commencement de la sagesse, c'est la crainte du Seigneur. Cela montre qui sont les sages et en quoi consiste la vraie sagesse : nul n'est sage tant qu'il ne craint pas le Seigneur, et celui qui le craint est un homme sage, ou du moins commence à l'être. C'est là la part principale de la sagesse (Proverbes 1:7), et c'en est le premier moment : c'est le commencement de la grâce, le premier acte de la sagesse ou de la grâce, celui qui se manifeste dès qu'un homme est converti et amené à connaître la sagesse dans le secret du cœur. De même que la repentance, la foi et l'amour se montrent bien vite par un acte ou un autre, de même la crainte de Dieu ; car les premières ne vont jamais sans elle. Cette crainte est en effet un profond respect envers l'Être divin, joint à l'amour pour lui, à la confiance en lui et au désir de le servir et de l'adorer comme il convient. À peine un homme est-il converti que déjà naît en lui la crainte d'offenser Dieu, par amour pour lui ; car ce n'est pas d'une crainte servile qu'il s'agit ici, mais d'une crainte filiale.
Et la connaissance du Saint, c'est l'intelligence. Il peut s'agir de la connaissance des Saints, c'est-à-dire des trois personnes divines, qui sont ainsi appelées (Josué 24:19 ; Proverbes 30:3 ; Osée 11:9). Connaissance de Dieu le Père, saint dans sa nature et dans ses œuvres : non pas une simple connaissance naturelle, obtenue par la lumière de la raison ; ni une connaissance purement théorique, tirée de la révélation ; ni une connaissance légale, où il n'est qu'un législateur et un juge offensé ; mais une connaissance évangélique de lui en Christ, comme de son Dieu et de son Père, et comme du Dieu de toute grâce en lui - de manière à avoir foi et espérance en lui, accès auprès de lui et communion avec lui : voilà la vraie intelligence. De même la connaissance du Christ, le Saint de Dieu : le connaître dans sa personne, ses fonctions et sa grâce ; le connaître intérieurement, le fréquenter spirituellement, de manière à l'approuver, à croire en lui et à se l'approprier : voilà atteindre un bon degré d'intelligence. De même encore la connaissance de l'Esprit Saint, auteur de la sanctification : connaître sa personne et les opérations de sa grâce, comme celui qui convainc et qui console, comme Esprit d'illumination et de foi, de régénération et de sanctification, comme Esprit d'adoption et gage de la gloire : voilà un autre volet de l'intelligence spirituelle. De plus, il peut s'agir de la connaissance que possèdent les hommes saints, et qui les rend tels ; celle que les saints hommes de Dieu, poussés par l'Esprit Saint, nous ont transmise dans les saintes Écritures, dont ils furent les rédacteurs. On peut aussi entendre la connaissance des choses saintes : des mystères sacrés de la religion, des saintes doctrines de l'Évangile, qui sont toutes conformes à la piété et apprennent aux hommes à vivre saintement. Car la foi transmise une fois pour toutes aux saints est une foi très sainte, qui encourage et favorise la sainteté du cœur et de la vie : ainsi les doctrines de l'amour éternel de Dieu, de l'élection éternelle, du caractère inconditionnel de l'alliance de grâce, de la rédemption par le Christ, de la conversion par la grâce efficace, de la justification par la justice du Christ, du pardon par son sang, de la satisfaction par son sacrifice, et de la persévérance par sa puissance. Or, la connaissance de ces choses, non pas théorique mais vécue, voilà l'intelligence véritable - comme l'est aussi la connaissance des expériences saintes et gracieuses.