Heureux l'homme qui m'écoute - qui écoute le Christ dans son Évangile, quand il parle par ses serviteurs ; car les écouter, eux, c'est l'écouter, lui (Luc 10:16) : ils tiennent de lui leur mandat, ils sont ses ambassadeurs et le représentent, ils reçoivent de lui leurs dons, ils parlent selon sa pensée et sa volonté révélées dans sa Parole, et c'est lui-même qu'ils prêchent. Cela montre avec quelle attention et quel respect il faut écouter l'Évangile, quel crédit il faut lui accorder, et comment il faut le mettre en pratique ; cela explique aussi son efficacité sur les âmes, puisqu'il n'est rien d'autre que la parole du Christ, ou le Christ lui-même qui parle ; et cela montre enfin combien la situation de ceux qui le méprisent est triste et redoutable. Écouter l'Évangile est le moyen de parvenir à la connaissance du Christ et de la voir grandir ; d'avoir la foi en lui et d'y progresser ; d'avoir la joie de la foi et de la voir s'affermir ; d'avoir de l'amour pour le Christ et d'y abonder ; et de recevoir la nourriture spirituelle. C'est donc à la fois un devoir et un privilège que d'écouter l'Évangile du Christ, puisque tout cela en découle.
Veillant chaque jour à mes portes : les portes de la maison de la Sagesse, l'Église du Christ, c'est-à-dire ses assemblées publiques ; l'Écriture les appelle les portes de Sion (Psaume 87:2). L'image est celle des portes des villes, où la Sagesse crie, c'est-à-dire où les serviteurs du Christ prêchent (Proverbes 1:21 ; 8:3 ; voir Ésaïe 26:1,2) ; ou celle des portes des palais royaux, où les courtisans montent la garde pour être admis et reçus en faveur, ou pour présenter leurs requêtes, pour eux-mêmes ou pour d'autres (Esther 6:10). L'Église est le palais du grand Roi ; c'est un honneur d'y être admis, d'y avoir un nom et une place, et d'y être à table avec le Roi. L'image peut aussi être celle de l'entrée de la tente d'assignation, où le peuple d'Israël se rassemblait pour le culte, ou celle des portes du temple, où les prêtres et les lévites montaient la garde (Exode 29:42 ; Psaume 100:4 ; 122:2). « Veiller » s'oppose au sommeil - le sommeil du corps comme l'assoupissement de l'âme - et à l'intempérance, non seulement celle du boire et du manger, mais aussi celle des soucis de cette vie ; le mot évoque la vigilance, l'application et l'attention. C'est là que les pécheurs conscients de leur état veillent, dans le ministère de la Parole et des ordonnances, pour saisir au vol tout ce qui pourrait convenir à leur cas et à leur situation, comme le firent les serviteurs de Ben-Hadad (1 Rois 20:33) ; c'est là que les âmes plongées dans l'obscurité et le sentiment d'être abandonnées veillent pour recevoir lumière et consolation, comme on veille en attendant le matin ; c'est là que tout croyant veille pour être édifié et affermi dans la vérité. Et cela doit se faire « chaque jour », jour après jour, un jour du Seigneur après l'autre, en saisissant toutes les occasions, à temps et à contretemps, dans la mesure compatible avec les devoirs de son état, d'entendre la Parole ; et ils doivent continuer ainsi jusqu'à la fin de leur vie, car heureux celui que son Seigneur trouvera ainsi veillant à sa venue (Luc 12:37).
Attendant aux montants de ma porte. L'image est peut-être celle des écoliers qui attendent l'ouverture des portes de l'école pour entrer les premiers, comme le remarque Jarchi. Le Christ est un maître ; les âmes que Dieu a rendues sensibles sont ses disciples, ses élèves ; l'Église est l'école où ils apprennent de lui et où ils l'apprennent, lui ; et attendre aux montants de la porte marque le fait de chercher le Christ de bonne heure et de brûler d'être instruit par lui (Luc 21:38). Ou bien l'image est celle des clients qui attendent à la porte des avocats pour obtenir un avis, un appui, une protection, et pour qu'on plaide leur cause. Le Christ est l'Admirable Conseiller, l'Avocat auprès du Père, le Rédempteur puissant et fort qui plaide la cause des siens ; il est donc juste d'attendre à sa porte, à lui qui a le conseil et la sagesse véritable. Ou encore, l'image est celle des mendiants qui attendent à la porte pour recevoir l'aumône : ils frappent et attendent qu'on ouvre ; ils exposent leur cas et attendent du secours ; on les rabroue, et ils attendent encore, et ne s'en vont pas sans avoir reçu quelque chose. Ainsi les saints doivent-ils attendre au trône de la grâce, et attendre dans la Parole et les ordonnances, la réponse à leurs prières, l'accomplissement des promesses, et la présence de Dieu et du Christ. Ainsi les pécheurs doivent-ils attendre sous la prédication de la Parole, en se souvenant du cas du pauvre homme à la piscine, qui attendit longtemps et finit par être guéri (Jean 5:5-7) ; car c'est de là que vient la foi, et c'est par de tels moyens qu'on reçoit l'Esprit et ses grâces, et le Christ et sa connaissance - comme le dit la suite.