« De peur que tu ne livres ton honneur à d'autres » - Aux prostituées, à leurs enfants, à leur entourage, à leurs serviteurs et amis. L'« honneur », c'est soit la fortune et les richesses, qui font l'homme honorable ; soit le renom, le crédit et la réputation, qu'on perd à fréquenter de telles personnes ; soit la beauté extérieure du corps et la vigueur intérieure de l'esprit, que les pratiques adultères délabrent. Le Targum traduit « ta force », et le syriaque « la force de ton corps », que ces impuretés énervent (voir Proverbes 31:3) ; comparez les rois de la terre qui se prostituent avec la prostituée de Rome, donnant leur puissance et leur force à la bête (Apocalypse 17:2, 13). La note de Jarchi : « de peur que ton cœur ne se tourne vers d'autres dieux, pour leur donner la gloire de ton honneur et de ta louange » - il l'entend donc non de l'adultère corporel mais du spirituel, l'idolâtrie. La Septante et l'arabe traduisent « ta vie », ce qui rejoint la suite.
« et tes années à un homme cruel » - Les années de jeunesse, la fleur de l'âge, dévorées par la cruelle passion de l'impureté, qui ronge et use le corps et le bien, fauche en pleine force et prive d'années auxquelles, selon le cours de la nature, on pouvait prétendre. Ainsi les courtisanes, chez Plaute [110], sont dites sucer le sang des hommes, et les dépouiller de leurs biens, de leur lumière, de leur honneur et de leurs amis [111]. Le « cruel » peut être la prostituée elle-même : quand elle a tiré tout ce qu'elle pouvait, elle n'a aucune pitié de l'homme qu'elle a ruiné, et n'hésitera pas, à l'occasion, à lui ôter la vie - sans compter qu'elle est la cause de la damnation de son âme. Ou le mari jaloux de la femme adultère, qui n'épargnera pas l'adultère pris sur le fait ; ou ses frères, ses proches ; ou ses autres amants et rivaux, qui se vengeront à l'occasion ; ou le magistrat, qui exécute un jugement sans merci sur de tels coupables - ce péché étant puni de mort. Jarchi interprète le « cruel » du prince de l'enfer, le diable ; le Midrash, de l'ange de la mort. Le caractère convient bien à la bête antichrétienne, la prostituée de Rome, qui, par ses sortilèges et ses prostitutions, a détruit des millions d'âmes.
Notes
[110] Bacchides, Act. 3. Sc. 1. v. 5. & Sc. 3. v. 67.
[111] Truculentus, Act. 2. Sc. 7. v. 20.