Elle se procure de la laine et du lin pour les filer et en faire des vêtements. Elle n'attend pas qu'on les lui apporte ni qu'on la presse d'accepter : elle va les chercher, ce qui montre son envie de travailler, comme la suite le dira plus clairement encore.
Dans l'Antiquité, les femmes de haut rang faisaient couramment ce genre de travail, tant chez les Grecs que chez les Romains. Lucrèce et ses servantes filaient quand son mari Collatin rentra du camp pour lui rendre visite ; Tanaquil, ou Caia Caecilia, femme du roi Tarquin, était une excellente fileuse de laine, et sa laine, avec sa quenouille et son fuseau, resta longtemps dans le temple de Sancus, à ce que rapporte Varron ; un vêtement fait de sa main, porté par Servius Tullius, était conservé dans le temple de la Fortune. De là vint la coutume, pour les jeunes filles, d'accompagner les nouvelles mariées avec une quenouille et un fuseau garnis de laine, pour leur rappeler à quoi elles devaient principalement s'occuper. On conseillait aussi aux jeunes filles de suivre l'exemple de Minerve, à qui l'on attribuait le premier tissage, et, si elles voulaient s'attirer sa faveur, d'apprendre à tenir la quenouille, à carder et à filer - comme le faisaient les filles de Minyas chez Ovide et les nymphes chez Virgile.
Quand Alexandre le Grand conseilla à la mère de Darius d'occuper ses nièces à ces travaux, les dames persanes furent scandalisées : c'était pour elles une honte de toucher à la laine. L'apprenant, Alexandre alla la voir lui-même et lui dit que les vêtements qu'il portait avaient été faits par ses sœurs. De même, les filles et petites-filles d'Auguste travaillaient la laine sur son ordre, et lui-même ne portait guère que des vêtements faits à la maison par sa femme, sa sœur, sa fille et sa petite-fille. Les Juifs ont ce mot : la seule sagesse d'une femme est dans sa quenouille - autrement dit, elle est sage quand elle s'occupe de son filage et de sa maison. Aux mariages romains, on répétait souvent le mot « thalassio », qui désignait le panier où l'on rangeait le travail de filage : c'était pour rappeler à la mariée quelle serait sa tâche.
Voici maintenant le sens spirituel. La laine sert aux vêtements de dessus, le lin aux vêtements de dessous ; on peut donc y voir d'un côté les actes extérieurs de la religion, de l'autre les actes intérieurs - les deux étant nécessaires, et l'un n'allant pas sans l'autre. Les actes extérieurs, ce sont l'écoute de la Parole, l'assiduité aux ordonnances et toutes les bonnes œuvres, qui composent le vêtement de la conduite ; il faut les faire de manière à ce qu'on les voie, mais pas pour qu'on les voie. Les actes intérieurs, ce sont la crainte de Dieu, l'humilité, la foi, l'espérance, l'amour et les autres grâces mises en œuvre, qui composent l'homme nouveau à revêtir comme un vêtement. Et les deux vont ensemble : l'exercice du corps sans la vraie piété ne sert pas à grand-chose, et les prétentions à la spiritualité et à la religion intérieure, sans le souci des devoirs extérieurs, sont vides.
D'où cette remarque d'Ambroise sur ce texte : quelqu'un pourrait dire -
« Il me suffit d'adorer et de servir Dieu dans mon cœur ; qu'ai-je besoin d'aller à l'église et de me mêler visiblement aux chrétiens ? Un tel homme voudrait avoir un vêtement de lin sans vêtement de laine. Cette femme-là ne connaissait pas cela ; elle n'approuve pas de telles œuvres. »
Elle cherchait toutes les occasions de faire extérieurement le bien, comme font les croyants ; et elle cherchait le royaume de Dieu, cette piété intérieure qui consiste en paix, justice et joie par le Saint-Esprit. Ce qui ne veut pas dire que ces vêtements-là doivent se coudre à la robe de justice du Christ pour composer ensemble de quoi nous justifier : en ce sens, un vêtement mêlé de lin et de laine n'a pas à venir sur les saints (Lévitique 19:19).
Elle travaille d'une main joyeuse ; ou : « avec le plaisir de ses mains », comme si ses mains prenaient plaisir à travailler - ce que font l'Église et tous les vrais croyants. Ceux-ci sont rendus volontaires au jour de la puissance du Seigneur : ils veulent le servir autant qu'être sauvés par lui ; c'est lui qui produit en eux le vouloir et le faire, et ils s'y mettent de bon cœur. Ils font l'œuvre du Seigneur non par contrainte de la loi ni par peur du châtiment, mais par amour ; sans y être forcés, avec pour seule contrainte l'amour de Dieu et du Christ ; sans arrière-pensée intéressée, mais en vue de sa gloire ; et ils trouvent du plaisir et de la joie à tout ce qu'ils font. Les voies du Christ sont pleines d'agrément, ses commandements ne sont pas pesants et son joug est léger.