Paroles d'Agur, fils de Jaké : ici commence, selon Aben Ezra, la quatrième partie de ce livre ; selon d'autres, c'est la cinquième (voir Gill sur « Proverbes 22:17 »). Qui était cet Agur, c'est une question douteuse ; certains auteurs juifs, comme Jarchi et Gersom, et de même certains auteurs chrétiens, le tiennent pour Salomon lui-même, qui se nommerait Agur, nom qui signifierait « un rassembleur » ; et ainsi la Vulgate latine traduit : « les paroles du rassembleur, fils du vomisseur » ; tout comme il se nomme Kohéleth, ou « celui qui convoque », ou « prédicateur » (Ecclésiaste 1:1,12). La raison donnée de ce nom est qu'il rassembla la sagesse et la loi ; ou, selon Jarchi, qu'il rassembla la sagesse et la vomit, c'est-à-dire la dispensa aux autres ; ce qu'il fit en effet : il rechercha et acquit plus de sagesse que personne avant lui, car il fut plus sage que tous les hommes ; et l'on peut ajouter qu'il « rassembla » de l'argent et de l'or, et les trésors des rois, et qu'il crût en richesses plus que personne avant lui (Ecclésiaste 1:13,16 ; 2:8). Mais tout cela ne s'accorde pas avec la personne dont voici les paroles ; car il parle de lui-même comme d'un homme très ignorant, qui n'a pas appris la sagesse (Proverbes 30:2,3) ; et il ne désire ni pauvreté ni richesse (Proverbes 30:8) ; d'ailleurs le mot « Agur » ne signifie pas « un rassembleur » mais « rassemblé », comme le rend Hillerus ; et ainsi Cocceius, qui pense aussi qu'il s'agit de Salomon, mais non pour les raisons ci-dessus, et traduit le membre de phrase ainsi : « les paroles du fils recueilli de l'obéissant » ; comme si cela décrivait Salomon, fils de David, l'obéissant, l'homme selon le cœur de Dieu, lorsqu'il fut rétabli par la repentance. Mais il semble préférable, avec Aben Ezra, d'entendre ceci de quelque homme très bon, instruit et digne, qui vécut en ces temps-là, soit avant Salomon, soit de son temps, et dont les sentences et maximes concises lui inspirèrent une grande estime, en sorte qu'il les joignit aux siennes ; ou qui vécut au temps d'Ézéchias, ou avant, et dont les proverbes furent recueillis par les gens de ce roi et ajoutés à ceux de Salomon qu'ils avaient copiés dans les chapitres précédents (voir Proverbes 25:1) ;
l'oracle ; ou « la sentence », le fardeau, comme sont appelées beaucoup de prophéties ; cela désigne quelque chose de reçu du Seigneur, pris et porté aux autres ; ainsi il est dit de Balaam qu'il « proféra son discours sentencieux » (Nombres 23:7). Ici, il ne s'agit pas de la prédiction d'événements futurs, à moins qu'on ne pense qu'il y a dans les paroles qui suivent une prophétie du Messie ; mais d'une instruction, d'une déclaration de choses utiles et profitables ; ainsi, dans le Nouveau Testament, prêcher est souvent appelé prophétiser (1 Corinthiens 14:1,3,4). C'est une partie de la Parole de Dieu, de la prophétie qui n'est pas venue par la volonté de l'homme, mais par l'inspiration de Dieu (2 Pierre 1:19-21) ; prophétie que
prononça cet homme ; cet excellent homme de bien, Agur, qui fut divinement inspiré (voir Nombres 24:3 ; 2 Samuel 23:1) ;
à Ithiel, à Ithiel et à Ucal ; qui étaient soit les enfants d'Agur, qu'il instruisait dans la connaissance des choses divines ; soit, comme le veut Aben Ezra, ses compagnons, avec lesquels il s'entretenait des choses sacrées, ou ses disciples, qui l'interrogeaient sur ces choses et les apprenaient de lui. Certains pensent que ce sont des titres de Dieu lui-même, à qui Agur adresse son discours et dont il reconnaît ne pas connaître l'Être divin, qu'il pourrait à juste titre appeler Ithiel et Ucal, c'est-à-dire « Dieu avec moi » et « le Puissant » ; et il est certain qu'Agur adresse une prière à Dieu (Proverbes 30:7-9). Et certains lisent ces mots eux-mêmes comme une prière : « que Dieu soit avec moi, et l'on prévaudra », c'est-à-dire sur tous mes ennemis ; car, si Dieu est pour son peuple, qui sera contre lui ? ou : « je pourrai » tout par la force du Seigneur (Romains 8:31 ; Philippiens 4:13). Mais je pense plutôt que les mots doivent se lire, comme le remarque Jarchi, « au sujet d'Ithiel et d'Ucal » ; c'est-à-dire au sujet du Messie, à qui ces noms conviennent. Ithiel, ou « Dieu avec moi », est très semblable à une expression employée par le Christ lui-même aux jours de sa chair (Jean 8:29 ; 16:32). Dieu était avec lui comme Parole éternelle et Fils unique, de toute éternité, ce qui marque sa coexistence, l'étroitesse de leur union, l'égalité de nature et la distinction des personnes ; il était avec lui comme Médiateur avant que le monde fût, dans le conseil de paix qui était entre eux deux ; dans l'alliance de grâce faite avec lui, où toutes choses furent arrêtées concernant le salut de son peuple ; il était avec lui depuis le commencement des temps jusqu'à son incarnation ; il était avec lui dans la création de toutes choses et dans leur conservation, dans les œuvres de la providence et dans le gouvernement de l'Église ; il était avec lui durant son état d'humiliation : dans son enfance, pour le protéger de la malice d'Hérode ; il était avec lui quand il disputait avec les docteurs dans le temple, pour le diriger ; il était avec lui à son baptême, à sa transfiguration et en d'autres occasions ; il était avec lui durant tout son ministère public, du commencement à la fin ; il faisait le bien, guérissait toutes sortes de maladies et opérait des miracles étonnants, Dieu étant avec lui (Jean 3:2 ; Actes 10:38) ; et il était avec lui dans ses souffrances et à sa mort ; et de même il est avec lui dans son état d'exaltation ; il l'a ressuscité des morts, l'a fait asseoir à sa droite et prête toujours l'oreille à son intercession prévalente ; et il sera avec lui lorsqu'il ressuscitera les morts et jugera le monde. « Ucal », qui a le sens d'être capable, fort, puissant et vigoureux, convient au Christ, qui est le Dieu fort, le Très-Puissant, le Tout-Puissant ; ce qui paraît par les œuvres qu'il fit avant son incarnation, comme la création de toutes choses à partir de rien, la conservation de toutes choses, et les divers événements merveilleux où il fut engagé, comme la confusion des langues, l'embrasement de Sodome et de Gomorrhe, la conduite des enfants d'Israël à travers le désert, et d'autres ; et aussi par ce qu'il fit lorsqu'il était ici-bas sur la terre, les œuvres puissantes et les miracles qu'il accomplit, et surtout la grande œuvre de la rédemption de l'homme, ainsi que sa propre résurrection d'entre les morts ; de plus, ce qu'il fait maintenant et fera pour son peuple le montre comme le Puissant : il prend soin de toutes les Églises et pourvoit à leurs besoins ; il subvient à tous les besoins de son peuple, porte tous ses fardeaux, le soutient sous toutes ses tentations et l'en délivre ; il le fortifie pour son service, le protège de ses ennemis, le garde de tomber, ressuscite les corps morts des siens et amène tous les fils de Dieu à la gloire. Ou, si le mot devait se rendre, comme il se peut, « mangé » ou « consumé », cela est vrai du Christ, que son zèle a dévoré (Psaume 69:9), et qui est l'antitype du sacrifice consumé par le feu.