« Confie-toi dans le Seigneur de tout ton cœur » - Pas dans une créature - fût-elle la meilleure, la plus sainte, la plus élevée ; pas dans un bien créé - richesses, force, sagesse ; pas dans un privilège extérieur, tiré de la naissance ou de l'éducation ; pas en soi-même, dans son propre cœur, qui est trompeur ; pas dans les œuvres de justice qu'on a faites ; pas dans une profession de religion ni dans ses devoirs, si bien remplis soient-ils ; pas dans ses dispositions intérieures, ni dans les grâces reçues et leur exercice ; non, pas même dans la foi ou la confiance elle-même. Mais dans le Seigneur, l'objet de toute grâce, et en lui seul. En Jéhovah le Père : comme Dieu de la nature et de la providence, pour toutes les bénédictions temporelles ; comme Dieu de toute grâce, pour toutes les bénédictions spirituelles et tous les secours de grâce nécessaires ; et pour le bonheur éternel, qu'il a préparé, promis, et qu'il donne gratuitement. Confie-toi en lui en tout temps : dans les temps d'affliction, de tentation, d'obscurité. Il y a toutes les raisons de le faire : toute la puissance et toute la force pour secourir sont en lui ; son amour, sa grâce et sa miséricorde l'y portent, et sont toujours les mêmes ; le souvenir de ce qu'il a fait pour d'autres qui se sont confiés en lui, et pour nous-mêmes par le passé, doit y pousser et y encourager ; et aussi le bonheur de ceux qui se confient en lui, qui jouissent de la paix et de la sécurité ; et son déplaisir contre ceux qui se défient de lui. Confie-toi en Jéhovah le Fils : en sa personne pour être accepté ; en sa justice pour la justification ; en son sang pour le pardon ; en sa plénitude pour tes besoins ; en sa puissance pour la protection et la préservation ; et en lui seul pour le salut et la vie éternelle. Confie-toi en Jéhovah l'Esprit, pour poursuivre et achever l'œuvre de la grâce dans le cœur : un saint peut être assuré que là où elle est commencée, elle sera achevée. Et cette confiance dans le Père, le Fils et l'Esprit doit être « de tout le cœur » : cordiale et sincère. L'expression désigne moins la force de la foi que sa sincérité : une foi sans feinte. Ce n'est pas dire ou professer qu'on croit et qu'on se confie dans le Seigneur ; c'est du cœur, et de tout son cœur, qu'on croit pour la justice, si on croit comme il faut (voir Romains 10:10 ; Actes 8:37).
« et ne t'appuie pas sur ton intelligence » - Ne t'y fie pas : elle est mise en face de la confiance dans le Seigneur. Les hommes ne doivent pas compter sur leur propre sagesse et leur propre intelligence dans la conduite de la vie civile ; ils doivent chercher la direction et la bénédiction de la Providence, sans quoi ils iront de déception en déception ; et quand ils réussissent, ils doivent l'attribuer non à leur prudence et à leur sagesse, mais à la bonté de Dieu ; car « le pain n'est pas toujours aux sages, ni la richesse aux intelligents » (Ecclésiaste 9:11). À plus forte raison ne faut-il pas s'appuyer sur sa propre intelligence en matière de religion : l'homme naturel n'a aucune intelligence des choses spirituelles, des choses de l'Évangile, ni même d'intelligence vraiment pratique des choses morales (Romains 3:11 ; 1 Corinthiens 2:14 ; Jérémie 4:22). L'intelligence de l'homme est obscurcie par le péché ; elle est même ténèbres ; elle est comme la première terre, couverte de ténèbres jusqu'à ce que la lumière y entre - et donc rien sur quoi s'appuyer (Éphésiens 4:18 ; 5:8). Il faut un cœur nouveau et un esprit nouveau, une intelligence donnée, pour comprendre les choses spirituelles et divines (Ézéchiel 36:26 ; 1 Jean 5:20) ; car si elles ne sont pas contraires à la raison et à l'intelligence humaines, elles les dépassent, et la raison ne peut ni les découvrir, ni les atteindre, ni les comprendre, ni en rendre compte (Matthieu 16:17 ; Jean 3:4, 9). Il y a même dans l'Évangile des choses qui, claires pour une intelligence éclairée par la parole de Dieu, restent insaisissables quant au « comment » : la trinité des Personnes, la génération du Fils de Dieu, la procession de l'Esprit, l'union des deux natures en Christ, la résurrection des morts, etc. Bref : ni notre raison ni notre intelligence, même au mieux - et encore moins charnelles et non sanctifiées - mais la seule parole de Dieu est notre règle de jugement et l'étalon de notre foi et de notre pratique ; c'est à elle qu'il faut recourir et par elle se laisser diriger, et non s'appuyer sur sa propre intelligence.