Vois-tu un homme qui se croit sage ? Ou : « sage à ses propres yeux » ; et l'on peut en voir des multitudes en regardant autour de soi. L'homme n'est qu'une créature de fort peu de savoir dans les choses naturelles, civiles, mécaniques, philosophiques, morales ou divines, et pourtant il a le plus souvent une haute idée de son savoir et de sa sagesse. Et comme, dans ce livre, « l'insensé » désigne généralement le méchant et le profane, « le sage » désigne l'homme de bien et le juste, et c'est ainsi qu'il faut l'entendre ici. Or beaucoup de gens ne sont bons et justes qu'à leurs propres yeux et dans leur propre estime, et non en vérité : ils font consister leur justice dans les choses extérieures, dans l'observation de devoirs extérieurs ; et s'il y a en eux quelque imperfection, ils s'imaginent que, puisqu'ils ont de bonnes intentions, Dieu leur tiendra compte de l'intention pour l'acte ; et certains s'imaginent même avoir atteint la perfection. Et de telles gens sont généralement pleins de suffisance, d'orgueil et de hauteur, et méprisent les autres ; tout cela procédant de l'ignorance, car s'ils s'imaginent être sages, ils s'ignorent profondément eux-mêmes, ignorent le mal qui ronge leur cœur, ignorent la loi de Dieu et son caractère spirituel et l'étendue de ses exigences ; ignorent la justice stricte de Dieu, qui n'accepte pas une justice imparfaite à la place d'une justice parfaite ; et ignorent enfin la justice de Jésus-Christ et la nécessité d'être justifiés par elle. Et se trouvant dans cet état, ils sont dans la situation la plus dangereuse : ils bâtissent sur le sable, ils risquent de tomber dans la fosse, ils ne peuvent être ni justifiés ni sauvés par leurs propres œuvres, ils s'opposent à la manière dont Dieu justifie et sauve les pécheurs, et Dieu lui-même se dresse contre eux, car il résiste aux orgueilleux. C'est pourquoi
il y a plus à espérer d'un insensé que de lui : plus à espérer d'un pécheur déclaré que d'un homme qui se croit juste ; car le Christ est venu sauver les pécheurs, les appeler à la repentance, et il les reçoit comme tels, et non les hommes qui se croient justes. Et, humainement parlant, il est plus vraisemblable et plus facile de convaincre les pécheurs, de les amener à la repentance et de les faire renoncer à leurs péchés, que de convaincre l'homme qui se croit juste de l'insuffisance de sa justice et de la folie de s'y fier, et de l'amener à se repentir d'une telle confiance et à l'abandonner. Car cette confiance lui est toute naturelle ; elle est son propre bien, le fruit de grands efforts ; et elle nourrit sa vanité et lui laisse de quoi se glorifier, ce dont il serait privé s'il y renonçait (voir Matthieu 21:31,32).