Une parole dite à propos ; ou : « une parole dite sur ses roues » : qui vient comme il faut, dans l'ordre voulu, bien ajustée quant à la matière, à la méthode, au moment, au lieu et aux personnes ; un propos bien composé, bien prononcé, débité avec rondeur, aisance et facilité, adressé aux personnes qui conviennent et adapté à leur situation ; et dite « en son temps », comme traduisent le Targum et beaucoup de versions -
est comme des pommes d'or sur des ciselures d'argent : soit des pommes faites d'or, et donc précieuses ; soit des pommes dites d'or à cause de leur couleur, comme certaines variétés dorées ; soit des oranges, qu'on appelle parfois pommes d'or. Et cela dans un écrin d'argent, comme l'entendent Aben Ezra et Guershom, ou dans une coupe d'argent, comme dit la version syriaque, ou dans un treillis d'argent, comme dit Maïmonide, à travers lequel on les voit et qui les fait paraître fort belles. Les mots peuvent aussi désigner, selon certains, des corbeilles d'argent à claire-voie, dans lesquelles des pommes ou des oranges d'or, posées sur une table, font le plus bel effet - et c'est à cela qu'une parole dite à propos est comparée. On peut appliquer cela à la parole de l'Évangile, dite par le Christ, le grand Prophète de l'Église, qui a la langue des disciples pour soutenir par la parole celui qui est épuisé (Ésaïe 50:4) ; et par ses serviteurs, qui annoncent l'Évangile, cette parole certaine et digne d'être pleinement reçue. Car cette parole, étant la parole du salut, est dite à propos à tous les pécheurs qui sentent leur état, et ne peut qu'être fort agréable pour eux : puisqu'il s'agit du salut de tout péché, pour les premiers des pécheurs, et entièrement par grâce ; puisqu'elle comprend toutes les bénédictions et qu'elle est pour l'éternité ; puisqu'elle est une proclamation du pardon de toute sorte de péchés et de pécheurs, selon les richesses de la grâce ; puisqu'elle est aussi la parole de la réconciliation et annonce la paix à des rebelles qui ne pouvaient faire eux-mêmes leur paix avec Dieu, et qui pourtant l'ont par le sang du Christ, comme l'Évangile le déclare ; puisqu'elle est encore la parole de la justice, qui révèle la justice du Christ pour justifier là où celle de l'homme ne le peut pas ; et puisqu'elle invite les âmes épuisées à venir au Christ pour trouver le repos. Elle ne peut donc qu'être précieuse comme des pommes d'or, agréable à voir comme elles dans des corbeilles d'argent à claire-voie, et aussi rafraîchissante, réconfortante et savoureuse que de vraies pommes de la meilleure espèce (voir Cantique 2:3,5). On peut aussi l'appliquer aux promesses de la grâce, dites à propos et appliquées comme il faut par l'Esprit de Dieu, qui prend les promesses faites en Christ et les découvre et les ouvre aux âmes en détresse, au moment le plus opportun ; et qui sont infiniment grandes et précieuses, et pleines de joie, de douceur et de consolation. Et l'on peut enfin l'appliquer aux paroles des gens de bien dans les entretiens privés, soit pour conseiller, soit pour consoler, soit pour avertir ; et à toute parole assaisonnée de grâce, qui communique la grâce à celui qui l'entend et sert à l'édification, quand le moment, le lieu, les personnes et les circonstances sont respectés. Maïmonide pense que le sens extérieur de la parole est figuré par l'argent et son sens intérieur par l'or, lequel se voit à travers l'autre et vaut infiniment mieux.