Veux-tu fixer les yeux sur ce qui n'est pas ? La Vulgate traduit :
« ne lève pas les yeux vers des richesses que tu ne peux avoir » ;
il s'agit sans doute des richesses, dont on peut dire qu'elles « ne sont pas » : elles ne sont pas les vraies richesses, elles n'en ont que l'apparence et l'ombre ; elles ne durent pas, et avant peu elles ne seront plus ; ce sont des choses périssables, sans consistance ni solidité ; elles ne rassasient pas et ne rendent pas heureux ; elles sont plutôt néant que réalité ; et c'est pourquoi il ne faut y attacher ni les yeux de l'esprit ni les affections du cœur. On peut traduire : « feras-tu voler tes yeux vers ce qui n'est pas ? », ce qui marque l'ardeur de l'esprit et l'empressement des affections, et avec quelle rapidité et quelle force elles s'y portent. Le Targum porte :
« si tu fixes les yeux sur lui, il ne se montrera pas à toi »,
en parlant de l'homme riche ; de même la Septante, la version syriaque et la version arabe. Ben Melech mentionne d'autres sens tout différents : selon R. Juda, le mot signifie l'obscurité - « obscurciras-tu tes yeux ? » ; selon d'autres, la lumière - « feras-tu briller tes yeux ? » ; et selon Jarchi, « fermeras-tu à demi les yeux ? ».
Car la richesse se fait des ailes ; ou : « en se faisant elle se fait des ailes » ; ce qui n'est pas, et sur quoi les hommes font voler leurs yeux : à peine y ont-ils jeté les yeux qu'elle s'envole comme un oiseau (voir Osée 9:11). Ou bien les hommes sont enlevés à leurs richesses, ou celles-ci leur sont enlevées, parfois très vite et très soudainement.
Elle s'envole comme l'aigle vers le ciel : l'aigle vole avec une extrême rapidité, et rien ne vole plus vite ; il s'envole vers le ciel, hors de vue, hors d'atteinte, hors de portée de voix. Ainsi les richesses s'envolent vers Dieu, leur premier donateur, de qui elles venaient et qui seul en dispose ; elles le reconnaissent pour leur propriétaire et leur dispensateur ; elles s'envolent au ciel comme pour y recevoir de nouveaux ordres, savoir où elles doivent aller et entre quelles mains elles passeront désormais ; elles s'envolent si bien qu'on ne les revoit plus et que ceux qui les possédaient ne les recouvrent plus.