Mon fils, donne-moi ton cœur. Ces paroles ne sont pas celles de Salomon à son fils, car il y a ici plus grand que Salomon ; d'ailleurs, réclamer le cœur et le posséder n'appartient pas à une créature, mais à Dieu. Ce sont les paroles de la Sagesse, c'est-à-dire du Christ, à chacun de ses fils, les enfants que le Père lui a donnés dans l'alliance ; qui sont adoptés par lui, régénérés par son Esprit et sa grâce, engendrés par sa Parole avec ses serviteurs pour instruments, nés et élevés dans son Église, et à l'égard de qui il est le Père éternel. Le cœur du méchant ne vaut rien et ne mérite pas d'être possédé : Satan le possède, le remplit, l'influence et l'entraîne à son gré ; le monde y est installé et n'y laisse de place pour rien d'autre ; les convoitises sensuelles, la prostitution, le vin et le vin nouveau ôtent le cœur (Osée 4:11) - et c'est à cela que s'oppose l'exhortation d'ici, comme le montrent les versets suivants ; le sens est : ne donne ton cœur ni aux femmes ni au vin, mais à moi. Le Christ doit avoir le cœur et les affections des siens, et lui seul ; il faut l'aimer de tout son cœur, sincèrement et par-dessus tout. Et c'est un cœur d'homme de bien qu'il demande : un cœur brisé et contrit, qu'il ne méprise pas mais qu'il panse ; un cœur purifié par la foi en son sang, un cœur nouveau et un esprit nouveau, où ses lois sont mises et écrites ; un cœur pour le connaître, le craindre, l'aimer et croire en lui. Et de même qu'il demande le cœur dans l'exercice de toute grâce - foi, crainte, amour -, il le demande aussi dans l'accomplissement de tout devoir, lequel sans le cœur ne vaut rien : dans la prière, dans le chant des louanges, dans l'écoute de la Parole et dans tout autre service religieux. Et c'est un service bien raisonnable que le Christ ait le cœur de ses enfants, puisqu'il leur est si proche : père, époux, ami, frère ; qu'il est tout pour eux ; qu'il est si beau en lui-même ; et qu'il les a tant aimés et s'est donné lui-même, sa vie, son sang, tout, pour eux.
Et que tes yeux observent mes voies : les voies que la Sagesse, c'est-à-dire le Christ, a suivies dans l'éternité et dans le temps pour opérer le salut des siens ; ses démarches dans l'alliance de grâce, comme leur garant ; sa descente du ciel sur la terre, pour faire la volonté de son Père ; son départ d'ici-bas, en se soumettant à la mort maudite de la croix, faisant ainsi la paix et la réconciliation pour le péché ; sa montée au ciel et sa session à la droite de Dieu, où il vit toujours pour intercéder pour nous ; les diverses voies de sa grâce, quand il appelle les siens et les visite, subvient à leurs besoins, protège leurs personnes et les garde sains et saufs jusqu'à son royaume et à sa gloire. Tout cela doit être observé, avec attention et avec admiration, pour l'affermissement de la foi et pour magnifier les richesses de la grâce. Et aussi les voies qu'il prescrit à ses enfants et où il leur indique de marcher : lui-même, qui est le chemin vers le Père, le chemin de la vie et du salut ; le chemin de la foi en lui, le chemin de la vérité qui le concerne ; le chemin de la sainteté et de la justice où il conduit ; les voies de ses commandements ; les voies où il a marché lui-même. Tout cela doit être observé par les yeux éclairés de l'intelligence, imité, copié et suivi ; il faut avoir égard à toutes ces voies, les observer et les garder comme il l'indique, dans la foi et l'amour, sans s'y appuyer comme sur un mérite. Certains traduisent : « que tes yeux parcourent mes voies » : jettes-y un regard attentif et complet. Il y a dans le mot rendu par « observer » une transposition de lettres qui donne une autre lecture : « tel est le cœur d'un homme, tels sont ses yeux » ; si son cœur est au Christ, ses yeux seront sur ses voies ; et là où ses voies ne sont pas observées, le cœur ne lui a pas été donné.