Le pain de la fraude est doux à l'homme. On peut l'entendre du péché en général, qui est le pain du pécheur, dont il se nourrit ; il est appelé « le pain de la méchanceté » (Proverbes 4:17), mais c'est un bien pauvre pain, qui n'est que cendre (Ésaïe 44:20) ; c'est « le pain de la fraude », car il y a de la tromperie dans tout péché : il paraît d'abord beau et agréable à l'œil, comme le fruit que nos premiers parents mangèrent, ou comme ces pommes de Sodome dont on rapporte qu'elles sont fort belles à voir mais tombent en cendres dès qu'on y touche. Le péché promet le plaisir, le profit, l'honneur, la liberté, la paix et l'impunité, et ne donne rien de tout cela, mais le contraire : la douleur, la perte, la honte, la servitude, la détresse et la ruine. Et pourtant il est doux à l'homme non régénéré, dont le goût est vicié ou n'a pas changé ; il lui est naturel et il y prend autant de plaisir qu'à manger et à boire ; et surtout les péchés qu'on appelle de tempérament, dont il ne se laisse pas aisément séparer ; le mal est doux à sa bouche, il le roule et le garde sous sa langue comme un morceau savoureux, et ne l'abandonne pas (Job 20:12-14). On peut l'appliquer à des péchés particuliers : à l'adultère, comme le fait Jarchi, et l'on peut comparer Proverbes 9:17 ; aux richesses mal acquises (voir Job 20:15,16) ; et aux mauvais traitements et aux persécutions infligés au peuple de Dieu, appelés le pain de la méchanceté et le vin de la violence, dont les méchants se repaissent autant que d'un repas (Proverbes 4:17 ; Psaume 14:4) - et particulièrement à la cruauté de l'Église de Rome, qui s'est enivrée du sang des saints, dont elle se délecte et qui lui sera amer à la fin (Apocalypse 17:6 ; 16:6 ; 18:7,8). On peut aussi l'entendre de la fausse doctrine : ainsi la doctrine des pharisiens et des sadducéens est figurée par du levain (Matthieu 16:6,12) ; ce n'est pas là un vrai pain, elle ne fortifie ni ne nourrit ni ne réconforte comme l'Évangile, mais elle ronge comme la gangrène ; elle n'a ni solidité ni substance, elle n'est que paille, c'est un pain de fausseté et de mensonge ; car les faux docteurs guettent l'occasion de tromper, leurs doctrines sont des mensonges hypocrites - et pourtant elles sont douces aux hommes charnels, qui les avalent avidement. C'est particulièrement le cas de la doctrine de la justification par les œuvres : voilà le pain dont certains vivent, mais ce ne sont que des gousses dont les pourceaux se nourrissent ; c'est se repaître de vent et se remplir le ventre du vent d'orient, qui gonfle et enfle vainement l'esprit charnel ; cette doctrine est contraire à l'Évangile, elle n'est pas de la vérité et trompera ceux qui s'y fient ; et pourtant elle est douce à l'homme naturel : sa propre justice, et la confiance qu'il y met, lui sont naturelles ; elle est sienne, il a travaillé pour elle, elle lui laisse de quoi se vanter, et il ne veut pas s'en défaire.
Mais ensuite sa bouche est remplie de gravier : de ce qui lui sera désagréable, pénible et cuisant. La conscience du pécheur qui s'est repu de péché et de plaisir sera remplie de remords et d'angoisse, de retours amers sur lui-même, d'un affreux sentiment de la colère divine et d'une terrible appréhension de celle-ci dès maintenant ; et sa part, ensuite, sera la ruine et la damnation. Et telle sera l'issue de toute fausse doctrine et de la confiance qu'un homme met dans sa propre justice au mépris de celle du Christ (voir 2 Pierre 2:1 ; Matthieu 22:12,13).