Celui qui se tient à l'écart cherche à satisfaire son désir ; ou : « l'homme séparé cherche son désir », son propre désir, sa volonté et son plaisir. On peut l'entendre en bonne part, d'un homme qui a un désir réel et sincère d'une saine sagesse et d'une saine connaissance, et qui les cherche en usant de tous les moyens qu'il faut : pour cela il se sépare du monde et de ses affaires, se retire dans son cabinet et se donne tout entier à la lecture, à la méditation et à la prière ; ou bien il voyage à l'étranger pour les acquérir, comme dit Aben Ezra. Ou bien on peut l'entendre de l'homme vaniteux qui affecte l'originalité, et qui, pour satisfaire cette passion, se sépare non seulement de Dieu, comme l'interprète Jarchi, en suivant les mauvais penchants de son imagination et les convoitises de son cœur ; et de ses amis, comme le portent la Septante et la version arabe ; mais de tous les hommes, comme les Juifs qui « ne plaisent pas à Dieu et sont contraires à tous les hommes ». Un tel homme s'applique à mépriser et à contredire les sentiments et les opinions d'autrui et à leur opposer les siens. Cela est vrai des pharisiens chez les Juifs, dont le nom même venait de ce qu'ils se séparaient de tous les autres, ayant une haute opinion de leur propre sagesse et de leur propre sainteté ; et aussi des gnostiques chez les chrétiens, qui se vantaient de leur savoir et se séparaient des assemblées chrétiennes, hommes sensuels n'ayant pas l'Esprit, vainement enflés par leurs pensées charnelles.
Et il s'irrite contre toute sagesse. L'homme qui désire être vraiment sage et savant embrasse toute la sagesse, tous les rameaux d'une connaissance utile ; il apprendrait volontiers quelque chose de tout art et de toute science digne de considération ; il use de tous les moyens de s'y perfectionner ; et il recherche la compagnie et la conversation des hommes de sagesse et de savoir, afin d'en acquérir davantage : il se mêle aux hommes sages, comme l'interprète Aben Ezra, et marche et s'entretient avec eux. Mais s'il s'agit d'un vaniteux, le sens est : « il se mêle de toute affaire », comme on peut traduire ; il se mêle de ce qui ne le regarde pas et prétend juger de choses où il n'a rien à voir ; ou bien il accapare tout le savoir pour lui seul et ne veut en laisser aucune part à personne. Jarchi interprète ainsi ce membre :
« parmi les sages, sa honte sera manifestée » ;
et il fait observer que leurs rabbins l'expliquent de Lot se séparant d'Abraham et suivant les désirs de son cœur ; mais R. Saadia Gaon l'entend mieux de l'apostat de la religion, qui s'en prend à tout ce qui est solide et sérieux, de façon querelleuse et hargneuse, et qui « montre les dents » contre cela, comme traduit Schultens d'après l'usage arabe.