Commencer une querelle, c'est ouvrir une écluse : comme lorsqu'un homme perce un petit trou dans la berge d'une rivière, ou y creuse un petit passage pour faire entrer l'eau dans un champ voisin ; sous la force du courant, le passage s'élargit et l'eau se déverse en abondance, au grand dommage du champ, sans qu'on puisse aisément l'arrêter. De même un seul mot dit avec colère, avec un peu de chaleur, ou par esprit de contradiction, a été le commencement et l'occasion de grandes querelles. Le texte hébreu porte littéralement : « celui qui lâche l'eau est le commencement de la querelle » ; certains l'entendent de celui qui fait entrer l'eau dans le champ d'autrui, ce qui provoque des disputes, des brouilles et des procès ; mais le premier sens est le meilleur. Le Targum porte :
« celui qui verse le sang comme de l'eau excite les querelles » ;
c'est pourquoi laisse là la dispute avant qu'elle n'éclate : renonces-y dès qu'elle commence, quitte-la avant d'y être bien engagé ; ou : « avant qu'on ne s'y mêle », qu'on ne s'y trouve pris, engagé au point qu'il sera difficile d'en sortir ; ou : « avant que tu ne te disputes ouvertement avec quelqu'un », sens que le mot a en arabe, comme le remarque Schultens ; c'est-à-dire : avant d'en venir aux paroles et aux coups, mets fin à la querelle et ne la laisse pas aller si loin, puisqu'on ne sait pas où elle aboutira. Ou plutôt, comme le même savant l'a rendu par la suite, dans son commentaire, en s'aidant encore de l'arabe : renonces-y « avant que les dents ne se découvrent », c'est-à-dire avant qu'on ne les montre dans la dispute, dans les insultes, dans la fureur et la colère.