Mieux vaut rencontrer une ourse privée de ses petits. L'ours est un animal fort violent et fort furieux, surtout l'ourse ; et elle l'est plus encore quand on lui a enlevé les petits qu'elle vient de mettre bas et qu'elle a pris tant de peine à lécher pour leur donner forme, ce qui accroît sa tendresse pour eux ; privée d'eux, elle est donc pleine de rage, et, rôdant à leur recherche, elle se jette avec fureur sur le premier qu'elle rencontre. Jérôme fait remarquer que ceux qui ont écrit sur la nature des bêtes disent qu'entre toutes les bêtes sauvages, aucune n'est plus féroce que l'ourse privée de ses petits ou tenaillée par la faim. Et pourtant, si terrible et si dangereuse que soit cette rencontre, il est encore plus sûr et plus souhaitable de rencontrer une ourse enragée
qu'un insensé dans sa folie : au comble de sa folie, en pleine crise de sottise ; en pleine ardeur de ses convoitises et à leur poursuite, où l'on ne peut ni l'arrêter ni l'en détourner ; et surtout en pleine fureur et en pleine colère, laquelle passe celle de l'ourse et ne se laisse pas si aisément esquiver. Jarchi l'applique aux insensés qui entraînent les gens à l'idolâtrie, et qu'il est fort dangereux de rencontrer ; tels sont les partisans de l'homme de péché, sans pitié pour les âmes qu'ils séduisent et dont ils causent la damnation, et implacablement cruels envers ceux qui refusent de se joindre à leur culte idolâtre : les pieds de la bête de Rome sont comme des pieds d'ours (Apocalypse 13:2), et mieux vaudrait rencontrer une ourse que lui et les siens.