Les projets du cœur appartiennent à l'homme. Selon notre version, le sens de ces mots dépend de la seconde partie du verset, et l'ensemble signifie qu'un homme ne peut ni penser ni parler sans Dieu. Les « dispositions » ou « mises en ordre du cœur », comme on peut traduire, c'est-à-dire des pensées du cœur, généralement désordonnées et confuses ; leur mise en rang, comme une armée en ordre de bataille, ou comme les mets disposés régulièrement sur une table bien servie ; le fait de les fixer sur un sujet donné, fût-ce dans les choses civiles et naturelles, pour s'y appliquer de près et les examiner méthodiquement : rien de tout cela ne se fait sans le concours de la providence divine. Et comme les pensées du cœur des hommes sont mauvaises, et cela continuellement, et qu'il n'en sort naturellement que des pensées mauvaises, leur mise en ordre et leur application aux choses divines et spirituelles ne se font pas sans la grâce surnaturelle de Dieu ; car nous ne pouvons pas avoir de nous-mêmes une bonne pensée, ni rien penser de nous-mêmes en matière spirituelle (2 Corinthiens 3:5). Toute préparation au service et au devoir religieux, qu'il s'agisse de prier Dieu ou de prêcher en son nom, vient du Seigneur : c'est lui qui produit dans les hommes « le vouloir et le faire », qui donne le cœur bien disposé, l'état d'âme qui convient au service, comme la force de l'accomplir ; qui répand sur eux l'Esprit de grâce et de supplication, oriente leur esprit vers les demandes qu'il faut, et fournit à ses serviteurs, dans leur travail de préparation, la matière qui convient à leur ministère (Psaume 10:17 ; 2 Corinthiens 3:5,6).
Mais la réponse de la langue vient du Seigneur : lui qui a fait la bouche de l'homme et lui apprend ce qu'il doit dire, devant Dieu comme devant les hommes ; ce qu'il dira dans la prière, ou en prêchant aux autres ; car la « porte de la parole », dans l'un et l'autre service, vient de lui, comme en vient la préparation. La plupart des versions et des interprètes séparent les deux membres, rapportant le premier aux hommes et le second à Dieu : « à l'homme appartiennent les projets du cœur, mais du Seigneur vient la réponse » ou « la parole de la langue ». Le premier membre serait alors une concession, exprimant l'opinion des hommes, et le sens serait : soit, admettons que l'homme dispose et ordonne lui-même ses pensées, qu'il puisse arranger les choses dans son esprit, réfléchir avec justesse et à propos sur un sujet, et préparer la matière d'un discours ; il n'en est pas moins facile d'observer que les hommes se font mieux des idées qu'ils ne parviennent à les exprimer ; et si bien préparés soient-ils à parler, ils ne le peuvent pas si le Seigneur ne leur donne la parole et ne soutient leur mémoire : ils perdent ce qu'ils avaient préparé, ou le débitent dans le désordre et la confusion ; parfois ils croient dire une chose et en disent une autre ; leur langue est gouvernée par le Seigneur pour dire ce qu'ils n'avaient jamais voulu dire, comme dans le cas de Balaam et de Caïphe. Le Targum porte :
« de l'homme vient le conseil du cœur, et du Seigneur la parole de la langue. »