Où il n'y a pas de bœufs, la mangeoire est nette ; ou « vide », comme disent Jarchi et Aben Ezra. En Judée, les bœufs servaient à plusieurs travaux agricoles : labourer, rentrer la moisson, et fouler ou battre le grain (Deutéronome 22:10 ; 25:4). Or, là où il n'y en a pas, ou bien là où on ne s'en sert pas, là où l'agriculture est négligée, il n'y a pas de paille dans la mangeoire pour les bêtes, et encore moins de nourriture pour les hommes ; ou plutôt il n'y a pas de blé sur l'aire, ni dans la grange, ni dans le grenier ; car c'est le même mot qui est ainsi traduit en Jérémie 50:26, et c'est en ce sens que l'entendent Guershom et Kimchi - le mot traduit par « nette » servant aussi à désigner le froment (Amos 8:5). En sous-entendant la négation, on peut donc rendre le tout ainsi : « là où il n'y a pas de bœufs, l'aire », la grange ou le grenier, « est sans blé », ou : il n'y a pas de blé « sur l'aire » ou « dans la grange », etc. La note de Jarchi est :
« là où il n'y a pas de disciples des sages, il n'y a pas d'enseignement des règles. »
Mais le sens spirituel est bien meilleur : là où il n'y a pas de serviteurs de l'Évangile, il n'y a pas de nourriture pour les âmes. Le bœuf est un emblème des serviteurs fidèles et laborieux ; il était l'une des figures des chérubins, qui désignent les serviteurs de l'Évangile ; et les noms mêmes du bœuf leur conviennent. Deux mots sont employés dans notre verset : le premier vient d'une racine qui signifie « enseigner », « mener », « guider » et « gouverner », et le même mot pour « bœufs » signifie aussi « maîtres », « chefs », « guides » et « gouverneurs » - noms qui conviennent parfaitement aux serviteurs de la Parole. Le second vient d'une racine qui signifie « voir », « regarder », parce que ces animaux ont la vue perçante ; or les serviteurs de la Parole sont des voyants, des surveillants ; et les êtres vivants que voit Jean (Apocalypse 4:6), dont l'un était un bœuf, étaient pleins d'yeux, au-dedans, devant et derrière. Ainsi les serviteurs de la Parole ont besoin d'une bonne vue : pour regarder dans les Écritures et les scruter ; pour veiller sur eux-mêmes et sur leur troupeau ; pour guetter au-dehors les ennemis et les dangers qu'ils apportent ; et pour regarder dans leur propre expérience, et vers le passé comme vers l'avenir. Ils ressemblent aussi à ces animaux par leur nature : ceux-ci sont des animaux purs, comme doivent l'être ceux qui font le service sacré ; ils ruminent, comme il faut ruminer et méditer sans cesse les choses divines ; comme eux, ils sont patients et paisibles sous le joug ; et non seulement ils sont forts pour le travail, mais ils travaillent beaucoup à la parole et à l'enseignement ; ils se soumettent au joug, tirent la charrue de l'Évangile, ramènent les âmes au Christ, à son Église et au ciel, et foulent le grain, c'est-à-dire tirent des saintes Écritures les mystères de la grâce. Or, là où il n'y a pas de tels serviteurs laborieux et appliqués - et il n'y en a aucun dans l'Église apostate de Rome -, il n'y a pas de nourriture spirituelle pour les âmes, mais une famine de la Parole, et les hommes périssent faute de connaissance.
Mais c'est par la force du bœuf que les revenus sont grands : de même que la terre donne beaucoup de fruits quand elle est cultivée avec les bons instruments, en particulier avec ce laboureur fort et robuste qu'est le bœuf, dont la force est employée à labourer et à fouler le grain - et qui représente ici tous les moyens de l'agriculture, qu'on les emploie ou non -, de même, par les travaux infatigables des serviteurs de l'Évangile, avec la bénédiction de Dieu, il y a une nourriture spirituelle abondante (voir Proverbes 13:23) : un accroissement de convertis, une moisson d'âmes rentrée ; un accroissement de dons et de grâce, de lumière et de connaissance spirituelles, et une abondance de provisions - accroissement spirituel dû, à travers le ministère de la Parole, à Dieu seul (1 Corinthiens 3:6,7).