La justice élève une nation : celle qu'exerce le gouvernement, et celle que les sujets pratiquent les uns envers les autres, en rendant à chacun son dû. Voilà ce qui élève une nation, comme ce fut le cas du peuple d'Israël tant qu'il la pratiqua ; voilà ce qui met un peuple au-dessus de ses voisins et le fait estimer de Dieu et des hommes, avec les privilèges et les bénédictions qui rendent une nation véritablement grande et honorable. Certains l'entendent des aumônes et de la bienfaisance envers les pauvres, qu'on appelle « justice » en hébreu comme en grec (voir Gill sur « Matthieu 6:1 »). Le mot peut désigner l'ensemble de la vraie religion, qui fait l'honneur d'une nation où elle est en vigueur, et qui rend si véritablement illustres la nation sainte et le peuple particulier de Dieu ; et en particulier la justice du Christ, qui rend vraiment grands et nobles ceux qui y ont part, et qui les élève au ciel et au bonheur.
Mais le péché est la honte des peuples : là où règne le vice, où l'iniquité abonde, où prévalent l'impiété, la profanation et l'immoralité sous toutes leurs formes, un peuple devient méprisable et bas ; il tombe dans la pauvreté et le mépris ; il n'est plus capable ni de se défendre ni de secourir ses voisins, et il en est méprisé. Le mot rendu par « honte » signifie le plus souvent « miséricorde » ou « bonté » ; et certains traduisent : « et la bienfaisance d'un peuple est un sacrifice d'expiation », ou tient lieu de sacrifice ; ou encore : elle l'est « pour les nations » ; elle vaut autant qu'un sacrifice pour le péché - sens que le mot a parfois - ou mieux encore, elle est plus agréable à Dieu, « qui veut la miséricorde et non le sacrifice » (Matthieu 9:13) : c'est-à-dire la bonté et la bienfaisance envers les pauvres, la même chose que la justice dont il vient d'être question. Mais je crois qu'on pourrait tout aussi bien traduire : « la piété » ou la religion « des nations est un péché », puisqu'elle est idolâtrie, comme le remarque Aben Ezra. Telle est la religion des nations antichrétiennes, qui adorent des idoles d'or et d'argent ; et quoiqu'elles se mortifient, comme Guershom le note des nations idolâtres, par des jeûnes et des pénitences, par des flagellations et des disciplines, tout cela n'est que péché, culte de leur invention et superstition.