Le méchant est renversé par sa méchanceté - c'est-à-dire à la mort, comme le montre le membre opposé : il est chassé de ce monde où son cœur était si attaché, chassé de tous les biens de ce monde, qui étaient tout pour lui, sa part ; chassé du lieu où il demeurait et qui ne le reconnaîtra plus ; chassé de tous ses amis et de toutes ses connaissances, avec qui il a mené joyeuse vie ; chassé de la lumière dans les ténèbres, et jusque dans les ténèbres du dehors, en enfer, qui est un lieu de tourment, une prison, un étang brûlant de feu et de soufre ; il sera chassé comme on chasse une bête. Tel est l'homme de péché, qui va à la perdition ; tels sont ses partisans, et telle sera leur fin (Apocalypse 13:1,11 ; 17:8). Il sera chassé bien malgré lui : les justes s'en vont, et désirent s'en aller ; les méchants sont chassés et s'en vont à contrecœur ; ils voudraient bien échapper à la main de Dieu, mais ils n'ont pas la force de résister ; il faut partir, on les chasse par force et sans recours. Cela peut aussi marquer la soudaineté de leur mort et la rapidité de leur ruine. Le texte ne dit pas qui les chasse : on peut l'entendre du Seigneur lui-même, qui, dans la tempête de sa colère, les emporte hors de leur place ; ou de la mort, qui a reçu de lui commission, à l'heure où l'homme n'a plus le pouvoir de retenir son souffle ; ou des anges, bons ou mauvais, employés par le Seigneur à conduire leurs âmes en enfer, une fois séparées de leur corps. La précision « dans sa méchanceté » peut marquer qu'ils meurent dans leurs péchés, non repentis, non pardonnés, sans foi au Christ ; en plein milieu de ceux-ci, en pleine carrière de péché, sous leur pouvoir, leur emprise et leur culpabilité ; et parfois dans l'horreur d'une conscience coupable, dans un noir désespoir, sans le moindre espoir ni la moindre perspective de pardon - tout le contraire du juste ; et ils auront ainsi à répondre de toute leur méchanceté, puisqu'elle n'a pas été ôtée et qu'elle est retrouvée sur eux. Ou bien cela peut exprimer la cause pour laquelle le méchant est chassé, à savoir sa méchanceté ; on peut en effet traduire et comprendre : « à cause de sa méchanceté », car c'est pour elle qu'il meurt et qu'il va en enfer. Ou encore : « dans son malheur », ce qui désignerait le châtiment éternel où il est chassé.
Mais le juste a de l'espérance jusque dans sa mort : non pas dans la mort du méchant, comme le comprend Aben Ezra - quand il en sera délivré et que celui-ci ne pourra plus lui nuire -, mais dans sa propre mort. Il meurt comme les autres hommes : sa justice, si elle le délivre de la mort éternelle, ne le délivre pas de la mort du corps ; et pourtant la mort du juste est différente de celle des autres : il meurt en Christ, dans la foi en lui et dans l'espérance de la vie éternelle par lui ; et il est bien désirable de mourir de sa mort. Il a l'espérance d'avoir part aux bienfaits de la grâce et de la gloire ; espérance bonne, née de la grâce, produite en lui à sa régénération, et fondée sur cette justice même dont il tire le nom de juste, à savoir la justice du Christ ; espérance qui lui est d'un secours singulier pendant sa vie. Et c'est cette grâce qu'il met en œuvre à la mort : elle le porte à travers la vallée de la mort et le fait passer au-dessus de ses frayeurs ; il espère que, même s'il meurt, il ressuscitera ; il espère être dans le ciel et dans le bonheur dès sa mort et pour l'éternité ; il espère voir Dieu et être à jamais avec le Christ, avec les anges et avec les hommes de bien. La note de Jarchi est :
« quand il meurt, il a confiance qu'il entrera dans le jardin d'Éden, le paradis. »