Le naïf croit tout ce qu'on dit : tout ce qu'on lui raconte, toutes les histoires qu'on lui débite, toutes les promesses qu'on lui fait ; et il est ainsi facile à duper et à entraîner à sa perte. Toute parole de Dieu, toute doctrine venue de lui doit assurément être crue, puisque tout ce qu'il dit est vrai et qu'il ne peut pas mentir ; sa parole est pure et exempte de toute erreur et de toute fausseté ; c'est une parole éprouvée, dont le témoignage est fidèle ; et si nous recevons le témoignage des hommes, celui de Dieu est plus grand ; d'ailleurs sa parole est utile pour instruire et pour accroître la paix, la joie et la consolation, et elle est efficace pour le salut. Toute parole du Christ doit être crue, lui qui est un maître envoyé de Dieu, dont la mission est confirmée par des miracles, et dont la doctrine n'est pas la sienne en tant qu'homme mais celle de son Père ; il est le témoin fidèle et la vérité même ; ses paroles sont plus qu'humaines, et de plus elles sont douces et salutaires. Et toute parole et toute doctrine de ses apôtres, qui ont reçu de lui leur mission, leur mandat et leurs doctrines, doivent également être crues. Mais tout esprit, tout homme qui se prétend spirituel et prétend avoir des dons spirituels, n'est pas à croire ; les paroles et les doctrines des hommes ordinaires et des ministres doivent d'abord être éprouvées à la règle infaillible des saintes Écritures - les doctrines mêmes des apôtres l'ont été (voir 1 Jean 4:1 ; Actes 17:11). Ils sont « naïfs », faibles, sots et insensés, ceux qui croient tout ce qu'ils entendent, que ce soit juste ou faux, vrai ou trompeur, bon ou nuisible ; ce sont des enfants quant au discernement, ballottés à tout vent de doctrine et séduits par de belles paroles et de beaux discours (Éphésiens 4:14 ; Romains 16:18). Ce portrait convient exactement aux partisans de l'homme de péché, qui prêtent l'oreille aux esprits séducteurs et aux doctrines de démons ; qui croient ce que croit l'Église, d'une foi implicite ; qui croient toute parole et toute doctrine que le pape et les conciles leur ordonnent de croire, si absurde soit-elle - par exemple la doctrine de la transsubstantiation : voilà des « naïfs » caractérisés, qui abdiquent leur intelligence et jusqu'à leurs sens, et suspendent leur foi à celle d'un autre.
Mais l'homme prudent prend garde à sa marche ; ou : « à sa marche à elle », c'est-à-dire à la direction et à la tendance de la parole qu'il entend, de la doctrine qu'on propose à sa foi : il examine avec soin si elle s'accorde ou non avec les perfections de Dieu ; si elle rabaisse la gloire de l'une des personnes divines ; si elle tend à magnifier les richesses de la grâce de Dieu et à abaisser l'homme, ou l'inverse ; et si c'est une doctrine conforme à la piété, qui pousse à la sainteté du cœur et de la vie, ou qui autorise une conduite relâchée - et c'est d'après ces critères qu'il juge et décide s'il la croira ou non. Ou : « à sa marche à lui », c'est-à-dire à la marche du séducteur et de l'imposteur : il observe de près ses procédés, les artifices dont il use, la ruse avec laquelle il tend ses pièges, la manière retorse dont il marche et dont il manie frauduleusement la Parole de Dieu ; il fait attention à sa conduite et à ses mœurs, selon ce que dit notre Seigneur : « vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (Matthieu 7:16). Ou bien - et c'est le sens qu'a notre version - il veille avec soin sur sa propre marche : il prend garde à ses voies, à ce qu'elles soient droites ; à ne pas suivre des voies de son invention et de son choix, mais celles de Dieu ; à être dans le chemin de la vie et du salut par le Christ, dans le sentier de la foi en lui et dans celui de la sainteté ; à avoir choisi la voie de la vérité et à y marcher ; à ce que chacun de ses pas dans la doctrine soit conforme à la parole de vérité ; à ce que tout ce qu'il fait dans le culte s'accorde avec la règle divine ; à ce que chaque devoir qu'il accomplit y soit conforme, ayant le Christ pour modèle et l'Esprit pour guide ; et à ce que sa conduite soit digne de l'Évangile et de la vocation qu'il a reçue, et qu'elle soit circonspecte et sage. D'un tel homme on peut bien dire qu'il est « prudent ». Le Targum porte :
« il prend garde à son bien » ;
et c'est bien ce qu'il fait.