Le cœur connaît sa propre amertume ; ou : « l'amertume de son âme », la détresse de sa conscience, l'angoisse de son esprit ; seul le cœur de l'homme la connaît tout entière ; les autres peuvent en deviner quelque chose à ses regards, à ses paroles et à ses gestes, mais non le tout (voir 1 Corinthiens 2:10 ; Job 23:2). L'amertume de l'âme naît souvent des ennuis extérieurs, des douleurs et des maladies du corps, des pertes, des épreuves et des déceptions (1 Samuel 1:10,15 ; Job 3:20 ; 7:11 ; 10:1 ; Ésaïe 38:15,17). Parfois elle vient de causes spirituelles ; mais ce n'est pas le cas de tous les cœurs : un homme peut être plongé dans le fiel de l'amertume sans en ressentir la moindre amertume dans son âme ; le jouisseur et l'homme livré au monde n'en éprouvent rien, ni le pécheur endurci au cœur de pierre ; il n'y a que ceux qui ont été réveillés et convaincus par l'Esprit de Dieu. Pour ceux-là, comme le péché est en soi une chose amère, il devient amer à leur goût : il produit en eux un travail amer de repentance ; il les fait trembler et les frappe de stupeur ; il les remplit de honte et de confusion, leur inspire du dégoût et de l'horreur d'eux-mêmes et de sévères retours sur eux ; voyant le péché sous ses vraies couleurs, ils en sont transpercés et comme tués ; ils sont écrasés sous la culpabilité et sous le poids du péché ; et, ne voyant aucun pardon, ils sont dans une détresse et une amertume d'âme qu'aucune langue ne saurait dire ni aucun cœur concevoir, s'il ne l'a éprouvée.
Et un étranger ne prend point part à sa joie ; ou : « il ne s'y mêle pas » ; il n'y a aucune part. Cela est surtout vrai de la joie spirituelle, qui, indicible pour celui qui la possède, dépasse l'entendement de l'homme naturel : il ne peut s'en faire aucune idée juste. La joie spirituelle est celle qu'un pécheur, rendu sensible, éprouve à entendre l'Évangile, ce joyeux message de salut, quand il parvient à ses oreilles et à son cœur ; quand le Christ lui est révélé en lui et pour lui comme Sauveur ; quand la grâce du pardon lui est appliquée et qu'il voit la justice parfaite du Christ et la part qu'il y a, et qu'il peut voir tous ses péchés effacés et expiés par ce sacrifice ; quand il lui est donné de voir la plénitude de la grâce qui est en Christ et le salut spirituel et éternel que celui-ci lui a acquis ; et de même quand le Christ le visite et qu'il jouit de sa compagnie ; et quand il entrevoit la gloire éternelle et qu'il a une espérance bien fondée d'y avoir droit et d'y être apte. Or un étranger - étranger à Dieu et à la piété, au Christ et au salut par lui, à l'Esprit et à son œuvre de grâce dans le cœur, à l'Évangile et à ses doctrines, à son propre cœur et au mal qui y est, aux saints et à leur communion - ne connaît rien de cette joie ; il ne peut ni la troubler ni l'enlever.