Le champ défriché du pauvre donne beaucoup de nourriture. Ce sont généralement les pauvres qui travaillent la terre ; et de leur peine à labourer et à semer vient beaucoup de nourriture pour les hommes, du pain pour celui qui mange et de la semence pour celui qui sème. Ou bien il s'agit du petit fermier qui n'a que quelques arpents à cultiver, et qui pourtant, par son application et son travail, avec la bénédiction de Dieu, gagne confortablement de quoi vivre pour lui et les siens : de quoi manger pour l'année et de quoi ensemencer de nouveau son champ l'année suivante.
Mais tel se perd faute de jugement : faute de discernement pour cultiver sa terre et mener ses affaires agricoles, discernement qui est un don de Dieu (Ésaïe 28:26) ; ou bien « par injustice », comme traduisent certains : faute d'agir avec droiture, en ne payant pas à ses ouvriers le salaire qu'il leur doit - et sa récolte est frappée de malédiction et se perd. On peut appliquer tout cela au sens spirituel. Par les « pauvres », on peut entendre les pauvres serviteurs de l'Évangile, qui, tout pauvres qu'ils sont, en enrichissent beaucoup (2 Corinthiens 6:10) ; on trouve sous leur ministère beaucoup de nourriture spirituelle, eux qui sont employés à cultiver les Églises. Ou bien il s'agit des pauvres saints et des Églises pauvres elles-mêmes, qu'ils cultivent, et chez qui abondent les provisions spirituelles - comme chez les pauvres Églises protestantes, qui, bien qu'au désert, y sont nourries un temps, des temps et la moitié d'un temps, alors qu'il n'y a pas de nourriture dans l'Église apostate de Rome. Et par le « champ » on peut entendre l'Église du Christ elle-même, qui est « le champ de Dieu » (1 Corinthiens 3:9), sa terre labourable, qu'il a séparée et distinguée du vaste monde et à laquelle il consacre sa puissance et ses soins. Car c'est lui le cultivateur (Jean 15:1) : c'est lui qui défriche la friche du cœur des hommes ; c'est lui qui rend bonne la terre qu'il travaille ; c'est lui qui y sème la semence de la Parole et la semence de sa grâce ; c'est lui qui l'arrose de la rosée de sa grâce, fait croître son peuple comme le blé et le mûrit pour la gloire ; et quand vient la moisson, c'est-à-dire la fin du monde ou de la vie, il envoie ses moissonneurs, les anges, rassembler ce blé dans son grenier. Et il emploie les serviteurs de la Parole comme cultivateurs subalternes, comme ouvriers sous ses ordres et avec lui : ce sont eux les laboureurs qui tiennent la charrue de l'Évangile et la conduisent ; ce sont eux les semeurs qui sortent, portant la précieuse semence de la Parole, et qui la sèment sous sa direction ; ce sont eux qui arrosent le terrain ensemencé et planté, leurs doctrines tombant sur lui comme la pluie et la rosée ; et ce sont eux enfin qui rentreront leurs gerbes avec joie. Or, dans ce champ, il y a beaucoup de nourriture spirituelle : dans le champ de Dieu qu'est l'Église se trouvent la Parole et les ordonnances, où il y a du lait pour les enfants et de la viande pour les adultes, nourriture salutaire, saine, fortifiante ; c'est là que le Christ, la meilleure de toutes les nourritures, est offert à la foi - nourriture vraie et réelle, vraiment une viande et un breuvage, nourriture spirituelle, savoureuse et rassasiante, qui ranime, rafraîchit et fortifie l'âme ; il y en a en abondance, assez et de reste. Et pourtant certains se perdent faute de discernement spirituel, prenant le poison des faux docteurs au lieu de la nourriture qu'on trouve sous un ministère évangélique : ainsi les partisans de l'homme de péché sont livrés à croire au mensonge et à être condamnés ; faute de jugement, ils avalent les absurdités les plus grossières et périssent ; comme d'autres se livrent à des hérésies funestes, en niant la divinité, l'œuvre satisfactoire et la justice du Christ, et à d'autres idées qui perdent les âmes (voir Osée 4:6 ; 2 Thessaloniciens 2:10-12 ; 2 Pierre 2:1).