Par le fruit de sa bouche, un homme se nourrit de bien ; ou : « du fruit de la bouche », celle d'un autre ou la sienne, puisque le mot « sa » n'est pas dans le texte, quoique le Targum, Aben Ezra, la Vulgate et la version syriaque le suppléent, comme nous le faisons. La Septante et la version arabe traduisent : « il mangera des fruits de la justice ». Je traduirais volontiers l'ensemble ainsi : « l'homme de bien mangera du fruit de sa bouche » ; c'est ainsi qu'Aben Ezra l'interprète - « l'homme de bien mangera » - et de même la Septante, la version syriaque et la version arabe. Le sens est que l'homme de bien tire du bon trésor de son cœur, par sa bouche, de bonnes choses, qui non seulement font du bien à ceux qui les entendent et servent à leur édification, mais qui lui profitent à lui-même : en donnant aux autres des conseils salutaires, il s'aide lui-même ; en consolant les autres, il se console lui-même ; en enseignant et instruisant les autres, il s'enseigne et s'instruit lui-même. Ainsi un bon serviteur de Jésus-Christ, en nourrissant les autres de connaissance et d'intelligence, est lui-même nourri des paroles de la foi et de la saine doctrine. Jarchi le rapporte à la doctrine d'un homme et à la récompense qu'il en reçoit ici-bas et dans l'au-delà.
Mais l'âme des traîtres se nourrit de violence. Jarchi interprète :
« le plaisir des traîtres, c'est la violence » ;
c'est-à-dire ce que leur âme désire, choisit, veut et goûte, à savoir user de violence et faire du mal à autrui ; et la note de Guershom va dans le même sens. Mais Aben Ezra complète la phrase à partir du premier membre, comme nous le faisons ; et le sens est alors qu'on leur mesurera avec la mesure dont ils se servent pour les autres : ce qu'ils donnent à manger aux autres, ils le mangeront eux-mêmes, à savoir le pain de la violence (voir Proverbes 4:16 ; 10:6). Et ce sera le sort de tous les perfides et de tous les traîtres, selon le sens du mot employé ; celui des faux docteurs et des persécuteurs cruels ; et celui de Babylone, dont il sera dit : « rendez-lui comme elle vous a rendu » (Apocalypse 18:6).