Une espérance différée rend le cœur malade : lorsque l'objet espéré n'est pas obtenu aussi vite qu'on l'attendait, ou du moins qu'il tarde quelque temps, l'esprit s'inquiète, le cœur s'affaisse et défaille, et l'homme se décourage, prêt à renoncer à tout espoir d'obtenir la chose désirée - qu'il s'agisse d'être délivré d'un mal ou de posséder un bien.
Mais le désir accompli est un arbre de vie : quand ce qu'on a espéré et souhaité, et longtemps attendu et désiré, arrive enfin ; quand les vœux d'un homme se réalisent, cela lui est aussi agréable que l'arbre de vie l'était au jardin d'Éden : cela lui donne une joie et un plaisir indicibles. On peut l'appliquer, au sens spirituel, à bien des choses. D'abord à la première venue du Christ ; certains ont même pensé que c'était là ce qui était surtout visé. C'était l'objet de l'espérance des saints de l'Ancien Testament, et une espérance bien fondée, reposant sur la promesse de Dieu, souvent répétée, élargie et confirmée ; et pourtant ce bienfait promis et espéré fut longtemps différé : de la première promesse à son accomplissement, il s'écoula quatre mille ans. Ce ne fut pas plus long que le temps fixé, mais plus long que ne l'attendaient les saints, ce qui rendait parfois leur cœur malade : ils devenaient faibles et défaillants, craintifs et découragés, de peur que cela n'arrivât jamais - d'où de nouvelles promesses et de nouvelles assurances qui leur furent données (voir Ésaïe 35:3,4 ; Habaquq 2:3 ; Malachie 3:1). Mais quand vint « le désir », c'est-à-dire le Christ, l'objet désiré - désirable pour les perfections de sa personne, pour ses qualifications de Médiateur, pour l'œuvre de rédemption et de salut qu'il venait accomplir, et pour les bienfaits qu'il apportait ; celui qui est « le désiré de toutes les nations » et qui devait venir (Aggée 2:7) -, ce fut une joie et un ravissement extrêmes pour tous ceux qui l'attendaient et qui espéraient la délivrance en Israël. « Le désir qui vient », comme on peut traduire, est « un arbre de vie », ou « de vies », l'auteur de la vie naturelle, spirituelle et éternelle (voir Proverbes 3:18). On peut aussi l'appliquer à la présence spirituelle du Christ et à la communion avec lui : les croyants, quand ils en sont privés, l'espèrent et l'attendent ; et parfois elle tarde longtemps, ou du moins ils le croient, ce qui les rend très mal à l'aise, et même malades d'amour, comme l'était l'Épouse (Cantique 5:8) ; mais quand ce qu'ils désirent si ardemment leur est accordé, c'est comme s'ils étaient au jardin d'Éden, ou plutôt au paradis d'en haut, cueillant les fruits de l'arbre de vie. On peut enfin l'appliquer à la gloire et au bonheur éternels : voilà l'objet de l'espérance dans la condition présente ; on les attend et on les désire parfois avec impatience, et le langage de l'âme est alors : « Pourquoi son char tarde-t-il tant à venir ? », « viens, Seigneur Jésus, viens bientôt » (Juges 5:28 ; Apocalypse 22:20). Et quand ce bonheur tant attendu sera possédé, qu'il sera doux ! et d'autant plus doux qu'il aura été si longtemps désiré et appelé ; quand les saints seront dans le paradis de Dieu, mangeront de l'arbre de vie qui est au milieu et n'auront plus jamais faim.