La lèvre véridique est affermie pour toujours : l'homme qui dit la vérité est et restera établi dans son crédit et sa réputation auprès des hommes ; il est cohérent et tout d'une pièce, et ce qu'il dit est cru. La vérité, quelque opposition qu'elle rencontre, finira par l'emporter sur le mensonge et la fausseté ; la parole de vérité, l'Évangile du Christ, demeurera toujours ; les serviteurs de la vérité et de la justice se succéderont jusqu'à la fin du monde ; et le Christ, qui est la vérité même, demeure le même hier, aujourd'hui et éternellement.
Mais la langue mensongère n'est que pour un instant : si le menteur dit la vérité une fois, il n'y persiste pas longtemps et revient vite à ses habitudes ; ou plutôt le mensonge qu'il débite a la vie courte, il est bientôt découvert, et le menteur tombe dans le discrédit et le déshonneur, et perd tout crédit et toute réputation auprès des gens d'honneur et de probité ; et parfois la mort l'emporte soudain, comme Ananias et Saphira. De même toute erreur et toute hérésie cesseront à bref délai et ne seront plus ; et l'Antéchrist, dont la venue s'accompagne de prodiges mensongers - le contraire exact de la lèvre véridique -, sera ruiné en un instant. Aben Ezra, Kimchi et Ben Melech, suivis par quelques interprètes chrétiens comme Montanus et certains dans Vatable, traduisent : « mais » ou « pour toujours, je ferai cesser la langue mensongère », ou « je la ferai taire », comme si c'étaient les paroles de Dieu menaçant de retrancher la langue menteuse. Mais Jarchi et Guershom traduisent « pour un instant », pour un temps très court, comme nous et d'autres le faisons ; ou bien : « le temps d'un clin d'œil » - tant un tel homme est vite emporté.